‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 566 sur 914 · SENS RS TETE ET SNER EE · texte numérisé non relu

SENS RS TETE ET SNER EE

pas moins que des Thémistocle , des Périclès , des Aiciblade , qui vivaient en même temps qu'eux.

» Que l'ignorance rabaisse tant qu'elle voudra l'éloquence et la poésie , et traite les habiles écrivains de gens inutiles dans les états ; nous ne craindrons point de dire, à l'avantage des lettres, que du moment que des esprits sublimes, passant de bien loin les bornes communes , se distinguent , s'immortali-

sent par des chefs-d'œuvre, quelque inégalité que durant leur vie la fortune mette entre eux et lies plus grands héros, après leur mort cette différence cesse. La postérité, qui se plait, qui s'instruit dans les ouvrages qu'ils lui ont laissés , ne fait poiut de difficuité de les égaler à tout ce qu'il y a de plus considérable parmi les hommes. .L fait marcher de pair l'excellent poëte et le grand capitaine. Le siècle qui se glorifie aujourd'hui d'avoir produit Auguste, ne se glorifie guère moins d'avoir produit Horace et Virgile. Ainsi, lorsque dans les âges suivants on parlera avec étonnement des victoires prodigieuses et de toutes les grandes choses qui rendront notre siècle l'admiration de tous les siècles à venir, Corneille, n'en doutons point, Corneille tiendra sa place parini toutes ces merveilles. La France se souviendra avec plaisir que sous le règne du plus grand de ses rois a fleuri le plus grand de ses puëtes. RACINE. »

BOSSUET ET COBNKILLE.

« L'élévation est sans doute le caractère de l'un et de l'autre; mais l'élévation de Corneille tient à la fierté républicaine , celte de Bossuet à l'enthousiasme religieux. Corneille brave la grandeur et la puissance, Bossuet la foule aux pieds pour s'élancer jusqu'à la Divinité même. Le premier, en nous mnontrant l'homme dans tonte sa dignité , nous agrandit à nos propres yeux; le second, en nous le faisant voir dans tout son néant, semble planer au-dessus de l'espèce humaine. Le sublime du poëte a plus de profondeur, plus de traits et de pensées ; celni de l'orateur plus de majesté, plus de véhémence et plus d'images. Les négligences de Corneille viennent de lassitude et d'épuisement ; celles de Bossuet d'un excès de chaleur et d'abondance. Dans Corneille , enfin, quand l'expression est familière, elle est presque toujours sans noblesse ; dans Bossuet , quand l'idée est grande , la familiarité même de l'expression semble l'agrandir encore. » D'ALEMBERT.

D'Alembert n'a pas regardé assez attentivement le style de Corneille , style souvent naïf, simple, familier même, avec un grand air de vérité qui ne manque pas de noblesse, ainsi que le prouvent beaucoup de passages du Cid, des Horaces et de Cinna. Il faut ajouter que si Corneille avait eu un goût plus sûr et plus délicat, il aurait mérité l'honneur d'être le vrai modèle du style de la tragédie, tantôt sublime, tantôt touchant, et toujours naturel.

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