‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 575 sur 914 · PAIE · texte numérisé non relu

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hardie encore, en's'imposant l'obligation de lutter avec Tacite. Il se montra digrwde ces’ deux modèles, et fut à la fois un grand peintre d'histoire et un grand auteur tragique. Les rôles d'Agrippine et de Burrhus, si fièrement tracés, celui de Néron, conçu avec tant d'habilcté, le personnage de Narcisse, qui représente si fidèlement la profonde corruption d'an affranchi devenu lo ministre d'un prince prêt à commencer sa carrière de crimes par un fratricide, sont des créations du premier ordre. Quant austyle, moins brillant que celui d'Andromaque, iloffre un genre de perfection dont nous n'avions pas de modèle ; il soutient souvent la-concurrence avec le style de Tacite, dont il n'a point les défauts, © est-à-dire l'excès de concision et l'obscurité.

Bientôt , à la prière d'Henriette d'Angleterre , Corneille et Racine entreprirent chacun une tragédie de Bérénice ; .ou sait pourquoi Corneille échoua ; des deux rivaux, Racine était le plus jeune; il peignit l'amour avec toute sa tendresse, avec toutes ses séductions; la pièce ent trente représentations consécutives à l'hôtel de Bourgogne : c'est la plus faible des; tragédies de l'auteur, ou plutôt ce n'est joint une véritable tragédie. Elle renferme pourtant des traits dignes de Corneille dans le rôle même de Titus, quoiqu'il parle d'amour comme: un courtisan de Louis XIViou un héros de la fronde; mais que de beautés de détail! et quel charme inexprimable dans la diction !

L'année:1692;vit paraitre {Bajazet . pièce du second ordre, qui ne pouvait être faite que par un écrivain du premier. Roxane, jalouse comme Hermione, et plus cruelle encore dans ses emportements, puisqu'elle fait mourir elle-même son amant , qu'elle livre su fatal®cordon envoyé par Amurat à son frire , montre quelle était

Ja flexibilité de Racine dans l’art de traiter les passions.

Voltaire n'avait point assez d'éloges pour témoigner son admiration du caractère d’Amurat; toutefois Corneille dit avec raison de la pièce en général : « Les habits sonjà laturque , maïs les caractères sont à la française. » Boileau reprochalt des négligences au style de Bajazet : la censure était sévère , injuste peut-être. |

Mithridate, représenté pour la première fois en 1673, est, suivant La Harpe, l'ouvrage où Racine parait avoir voulu lutter de plus près avec Corneille, en mettant sur la scène de grands personnagesde l'antiquité teis' qu’ils sont dans l'histoire ; mais déjà cette intention avait éclaté dans Britannicus. Quoi qu'il en soit, le Withridate de Racine égale en grandeur, sinou en sublimité, les plus beaux caractères de Corneille ; malheureusement, et ce fut ce défaut peut-être qui contribua au succès de la pièce, Racino a fait son héros amoureux et ‘jaloux ; mais ces faiblesses, qui rabaissent le plus redoutable ennemi des Romains ct l’un des plus grands rois de l'Asie, nous ont valu le rôle de Monime, le plus perfait, le plus touchant du théâtre de Racine , et par conséquent de la scène française. Monime est unc création grecque transportée sur notre théâtre, pure de dessin comme une statue de Praitèle, avec un charme inexprimable dans l'expression. 11 est étonnant que le sévère et dur Charles XIT, qui était bien loin de sacrifier à la noble pas:ion de l'amour, eût une eee pour Mithridate; maisilne voyait sans doute,

dans fe héros de Racine, que l'homme capable de médier le projet de chânger Ja face du monde.

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