‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 577 sur 914 · CN: CRE · texte numérisé non relu

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sorte de disgrâce. En 1697, la France était en proie à de grandes calamités, suites inévitables d'une guerre

longue et désastreuse. Madame de Maintenon, pleine de È

confiance en Racine , et touchée comme lui des maux de la patrie, lui conseilla de rédiger pour Louis XIV un mémoire sur les moyens de remédier à tant d'infortunes.

Racine s'abandonna dans cette composition à tout l'élan .

d'une âme chaleureuse. Le roi, piqué de ce qu'un poële Osait lui donner des avis, répondit avec ficrté à cette œuvre, qu'il aurait dû récompenser : « Parce qu'il fait bien des vers , croil-il tout savoir ? et parce qu'il est grand poîte, veut-il étre ministre? » Racine fut affligé de cet accueil fait à an travail qu'il regardait comme une bonne action ; mais l'humeur de Louis ne dura point; il conserva son estime et sa bienveillance au poëte , et ne cessa jamais de le voir. Durant la dernière maladie de Racine, le roi se fit donner chaque jour de ses nouvelles avec un touchant intérèt, et ses bienfaits le suivirent au-delà du tombeau. Cependant on ne peut nier que le chagrin d'avoir déplu ‘au roi n'eût contribué à augmenter le mal incurable (un abcès au foie) dont R:cine’ était atteint depuis plusieurs années. Mort en 1699, le grand poëte fut enterré à Port-Royal comme il l'avait demandé , et transporté ensuite à Paris dans l’église de Saint-Etiennedu-Mont, où sa tombe, retirée pendant la révolution, fut rétablie en 1818. ;

On a reproché à Racine d'avoir été trop enclin à la raillerie; suivant la tradition, il lançaitidans la conversation des traits d'autant plus piquants qu'ils étaient assaisonnés de beaucoup d'esprit. Boileau lui-même eut à s'en plaindre quelquefois. Un jour que Racineraillait trop vivement et depuis trop longtemps son ami; celui-ci lui dit enfin : « Aviez-vous envie de me fäâcher? — Dieu m'en garde! — Eh bien! vous avez donc tort, car vous m'avez fàché. » Racine aurait pu égaler la mordante ironie de Pascal , et surpasser Catulle ou Martial dans l'art d'aiguiser l’épigramme ; il se corrigea des dispositions qui augient pu le conduire à ce genre de talenf comme auteur. Racine, devenu meilleur, conserva des amis que sa causticité lui aurait peut-être fait perdre.

En lisant la correspondance de Racine avec sa famille etavec ses amis , on ne peut s'empêcher de remarquer combien le ton en est peu familicr. Dans un volume entier de lettres, on ne trouve pas un seul exemple de tutoiement. Racine fut lié intimement avec les écrivains les plus célèbres de son temps, avec Bourdaloue, La Bruyère, Rapin, Bouhours , Bernier, Nicole, La Fontaine et Boileau. Il est fâcheux pour Racine d'avoir perdu l'amitié de Molière; au reste, ils ne cessèrent pas de s'estuner : Racine défendit le Misanthrope, et Molière les Plaideurs, contre un public ignorant ou prévenu. On ne peut s'empécher de regretter ici que l'auteur de Cinna et celui d'Iphigénie n'aient pas vécu ensemble dans un commerce de génie et d'attachement. Racine, par une susceptibilité d'auteur, qui était grande en lui, avait offensé ses anciens maitres de Port-Royal dans cette fameuse lettre à l’auteur des Hérésies imaginaires, qu'il eut le malheur d'écrire avec le talent de Pascal ; mais il se hâta de réparer cette faute cruelle. De quel respect, de quel attendrissement ne se sent-on pas saisi, quand on se représente Racine se faisant conduire par Boileau chez Arnaud, et se précipitant aus picds de celui-ci, en présence. de vingt témoins;

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Arnaud se jetant à son tour aux pieds de Racine , et tous deux s’'embrassant en frères , en amis, en chrétiens réconciliés! Racine était naturellement mélancolique ; il avait l'âme tendre et recherchait les émotions tristes ou religieuses. Économe et généreux , il aidait de ses secours beaucoup de parents é'oignés. 11 prenait un soin tout filial de sa nourrice, qu'il n'oublia point dans son testament. 11 avait un cœur d'époux et de père. L'éducation chrétienne de ses enfants était son affaire principale, et jamais il ne leur a.parlé de religion qu'avec des termes d'amour et de respect ; il croyait et faisait croire. Sur les dix dernières années de sa vie, Racine allait peu à la cour; et cependant, combien "n'avait il pas moyen d'y plaire et d’y acquérir des partisans! Une ‘belle et noble

figure , des manières gracicuses , tous les charmes de l'es-

prit, tout l'éclat de la renommée, unis à l'art heureux de les faire oublier. Räcine possédait encore au plus haut degré le talent de la déclamation ; aucun homme de son

-temps ne lisait et ne récitait mieux que lui. Baron et la

Champmélé durent en partie leurs succes sur le théâtre

à ses leçons. Mais qui nous dira ce qu'il dut lui-même, .

sous le rapport de la composition et du style, aux conseils

éclairés de Boileau! de combien de fautes ce judicieux

aristarque a purgé les écrits de son ami ! Quel prix dans celte critique de tous les moments offerte par la raison en personne, au génie de l’auteur de tant de chefs-d'œuvre ! L'amitié des grands écrivains du siècle de Louis XIV entre eux est un des plus nobles exemples de ce siècle qui en a donné de si beaux. Racine avait aimé la gloire avec passion ; sur la fin de sa vie il ne revoyait pas même les nouvelles éditions de ses œuvres ; la religion occupait loutes ses pensées , la vie à venir remplissait toute son âme. En voyant son indifférence pour les choses dont l'éclat l'avait ébloui autrefois, et son refus de s’y mêler encore pour être tout.entier aux pensées du ciel , on au-

rait pu lui appliquer ce trait de Bossuet sur. saint Fran- “çois-de-Paule, appelé par.Louis XI au secours de son

âme assiégée des angoisses de la mort et des terreurs de l'enfer : « Il n'entend pas; il à affaire ; il ne peut auitter; ilest enfermé avec son Dicu dans de secrètes communications. » :

Outre les ouvrages dont nous avons déjà parlé, Racine

a laissé {° l’Abrégé de l'Histoire de Port-Royal, imprimé :

en 1673 ; 2° les Cantiques spirituels composés pour Saint- Cyr; Fénclon n'en parlait qu'avec enthousiasme; mais leur caractère religieux le touchait peut-être plus que le mérite poélique, qui n'approche pas des grâces, de la tcudresse et du charme des chœurs d'Esther et d’Athalie.

. On a tout dit sur les ouvages et le talent de Racine. On proposait un jour à Voltaire de faire un commentaire de ce grand poêle, comme il en ayait fait un de Corneille. “Il n'ya, répondit-il, qu'à mettre au bas de toutes les pages : beau, pathétique, harmonieux, admirable, sublime. » Cette réponse d'enthousiaste n’empèche point que l’on commente Racine avec succès et même avec utilité , parce qu'il importe surtout de noter des défauts que l’autorité d'un grand nom peut excuser , et l'éclat d'un grand talent rendre contagieux. Plus tard Voltaire luimème a pensé ainsi ; et La Harpe, son disciple, a laissé

“ sur l'auteur d'Jphigénie une suite d'observations d'autant

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plus précieuses qu’elles sont des souvenirs de la conversation du patriarche de Ferncy. La ILirpe comprenaitet

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