‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 587 sur 914 · D SSRRTLÉTTITESS SENS LEE TES ELLE NN NAN ATLILLLLSS · texte numérisé non relu

D SSRRTLÉTTITESS SENS LEE TES ELLE NN NAN ATLILLLLSS

Quel crime a donc commis ce fils tant condamné ? Est-ce pour obéir qu'elle l'a couronné?

N'est-il de son pouvoir que le dépositaire ? »

Non que, si jusque-là j'avois pu vous complaire, Je n'eusse pris plaisir, madame, à vous céder

Ce pouvoir que vos cris sembloient redemander ; Mais Rome veut un maitre et non une maîtresse. Vous entendiez les bruits qu'excitoit ma foiblesse : Le sénat chaque jour et le peuple, irrités

De s'ouir par ma voix dicter vos volontés, Publioient qu'en mourant Claude avec sa puissance M'avoit encor laissé sa simple obéissance.

Vous avez vu cent fois nos soldats en courroux Porter en murinurant leurs aigles devant vous ; Honteux de rabaisser, par cet indigne usage,

Les héros dont encore elles portent l'image.

Toute autre se seroit rendue à leurs discours ; Mais, si vous ne régnez, vous vous plaignez toujours. Avec Britannicus contre moi réunie,

Vous le fortifiez du parti de Junie;

Et la main de Pallas trame tous ces complots;. Et lorsque , malgré moi, j'assure mon repos,

On vous voit de colère et de haine animée.

Vous voulez présenter mon rival à l'armée :

Déjà jusques au camp le bruit en a couru.

AGRIPPINE

Moi ! le faire empereur ? Ingrat ! l'avez-vous cru ?

Quel seroit mon dessein , qu'aurois-je pu prétendre?

Quels honneurs dans sa cour , quel rang pourrois-je [attendre ?

Ah! si sous votre empire on ne m'épargne pas,

Si mes accusateurs observent tous mes pas,

Si de leur empereur ils poursuivent la mère,

Que ferois-je au milieu d'une cour étrangère ?

Ils me reprocheroient , non des cris impuissants,

Des desseins étouffés aussitôt que naissants,

Mais des crimes pour vous commis à votre vue",

Et dont je ne serois que trop tôt convaincue.

Vous ne metrompez point ; je vois tous vos détours” :

Vous êtes un ingrat; vous le fûütes toujours;

1 C'est une autre faute bien grave commise par la colère, que cet aveu et ce reproche qui associent Néron aux crimes de sa mère. En l'entendant, Néron se dit tout bas à lui-nième : « Il faut qu'elle meure, afin qu'elle n'aille pis, comme elle en est capabie, déclarer au peuple ma complicité dans les attentats par lesquels une mère, plus ambitieuse encore pour elle que pour moi, m'a fait monter au pourvoir suprême.»

3 Agrippine achève de sc perdre par ce cri qui lui échappe et par les cruels reproches qui le suivent, reproches d'autant plus offensants qu'ils sont vrais, et que Néron, déjà las d'obéir, sent tout son orgueil d'empereur se réveiller devant la mère audaciense qui ose ainsi présenter le miroir à ses vices cachés. En le révélant ainsi tout entier en face et à lui-même, elie fait naître cette réflexion daus le pervers quise contraiguait eacore : « Puis que nous sommes ainsi connu et dévoilé, met-

Dès vos plus jeunes ans, mes soins et mes tendresses N'ont arraché de vous que de feintes caresses. Rien ne vous a pu vaincre, et votre durelé

Auroit dû dans son cours arrêter ma bonté.

Que je suis malheureuse, et par quelle infortune Faut-il que tous mes svins me rendent importune! Je n'aiqu'un fils : 6 Ciel, qui m'entends aujourd'hui! T'ai-je fait quelques vœux qui ne fussent pour lui ? Remords, crainte, périls , rien ne m'a retenue. J'ai vaincu ses mépris : j'ai détourné ma vue

Des malheurs qui dès lors me furent annoncés ; J'ai fait ce que j'ai pu : vous régnez, c'est assez. Avec ma liberté, que vous m'avez ravie,

Si vous le souhaitez, prenez encor ma vie,

Pourvu que par ma mort tout le peuple irrité

Ne vous ravisse pas ce qui m'a tant coûté.

NÉRON

Hé bien donc ! prononcez.…. Que voulez-vous qu’on fasse?

AGRIPPINE

De mes accusateurs qu'on punisse l'audace ;

Que de Britannicus on calme le courroux;

Que Junie à son choix puisse prendre un époux; Qu'ils soient libres tous deux , et que Pallas demeure: Que vous me permettiez de vous voir à toute heure;

Apercevant Burrhus dans le fond du théâtre.

Que ce même Burrhus, qui nous vient écouter, À votre porte enfin n'ose plus m'arrèter.

NÉRON

Oui, madame, je veux que ma reconnoissance Désormais dans les cœurs grave votre puissance ; Et je bénis déjà cette heureuse froideur

Qui de notre amitié va rallumer l'ardeur.

Quoi que Pallas ait fait , il suffit, je l'oublie ; Avec Britannicus je me réconcilie ;

Et, quant à cet amour qui nous a séparés,

Je vous fais notre arbitre, et vous nous jugerez. . Allez donc, et portez cette joie à mon frère. Gardes, qu'on obéisse aux ordres de ma mère*?.

{ons nos passions en liberté , et ne nous donnons plus la peine de dissimuler. »

‘ Néron n'a dit qu'un mot, inais par ce mot il a paru se renure. Agrippine, qui pleurait tout à l'heure, ou qui du moins avait l'air de pleurer, commande aussitôt, et, du ton le plus absolu, dicte sans hésiter ses ordres et ses vengeances. Elie a oublié toutes les révoltes du cœur de Néron et les récrimination; de son orgueil offensé ; elle ne voit plus qu'un fils sur lequel une mere vieut de reprendre son empire accou.tumé.

3 Néron trompe ici sa mère par de fausses marques de respect , mais elle ne s'en doute mème pas dans l'emportement de son orgucilleuse joie.

Cette scène est une des plus belles qu'il y ait au théâtre; les littérateurs la mettent au mème rang que celle d'Auguste et de

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