ACTE IV, SCENE If
Pour révéler au lecteur l'effet qu'Agrippine a produit sur son fils , et l'erreur du triomphe qu'elle croit avoir remporté. il faut citer la scène suivante , daus laquelle Néron se révèle tout entier en déchirant le voile qui couvrait son affreuse dissimulation. Le célèbre Talma , par la manière dont il écautait le long discours d'Agrippiue, laissait apercevoir l'impatience de Néron et les efforts de sa contrainte , et nous préparait ainsi à l'entendre éclater comme il va le faire.
BURRHUS
Qc cette paix, seigneur, et ces embrassements Vont offrir à mes veux de spectacles charmants! Vous savez si jamais ma foi lui fut contraire,
Si de son amitié j'ai voulu vous distraire,
Et si j'ai mérité cet injuste courroux.
NÉRON
Je ne vous flatte point : je me plaignois de vous, Burrhus; je vous ai crus tous deux d'intellisenec ; Mais son inimitié vous rend ma confiance.
Elle se hâte trop, Burrhus , de triompher :
J'embrasse mon rival, mais c'est pour l'étouffer.
BURRHUS
seigneur |
Quoi, se NÉRON.
C'en est trop, il faut que sa ruine Me délivre à jamais des fureurs d’Agrippine.
Tant qu'il respirera, je ne vis qu'à demi.
Cinna, de Mithridate avec ses enfants, de Cléopâtre ct de ses deux fils: la première est plus imposante, la seconde est pleine d'éclat et de poésie, la troisième est terrible et d'un intérèt d'autant plus attachant que la vertu des deux fils forme le plus heureux contraste avec les crimes de leur ambitieuse mère : sous ce rapport, cette dernière scène, que Racine scmble avoir prise pour modèle, l'emporte sur les deux autres qu'on lui compare, c'est l'avis de Voltaire ; mais quand on voit ici Corneille et Racine , il faut bien avouer qu'exempt de tous les défauts de son maître, ille surpasse par une désespérante perfection daus la pensée et le style. A cet égard , une dernière réflexion fera sentir toute la beauté du style de l'auteur de Britannicus. Supposons que Tacite lui-méme ait les mêmes choses à dire, Les beautés comme les défauts de sa manière ne lui permettront pas d'atteindre à ce degré de naturel et de vraisemblance. Il y aura trop de Tacite et pas assez d'Agrippine dans le discours de la mère de Néron. Le beau discours de Galha à Pison qu'il adopte, et plusieurs autres, qui sont répandus dans les œuvres de Tacite, rendent témoignage de la vérité de cette observation. Racine, en conservant les privilégrs de la poésie, n'a rien fait dire à l'impératrice qu'elle u'ait pu dire elicn:0me. .