ULYSSE
Je suis père, seigneur, et foible comme un autre : Mon cœur se met sans peine à la place du vôtre ; Et, frémissant du coup qui vous fait soupirer, Loin de blâmer vos pleurs, je suis près de pleurer. Mais votre amour n'a plus d’excuse légitime :
Les dieux ont à Calchas amené leur victime;
I le sait, il l'attend ; et, s’il la voit tarder, Lui-même à haute voix viendra la demander.
Nous sommes seuls encor ; hâtez-vous de répandre Des pleurs que vous arrache un intérêt si tendre; Pleurez ce sang , pleurez : ou plutôt, sans pälir, Considérez l'honneur qui doit en rejaillir.
Voyeztout l'Hellespont blanchissant sous nos rames, Et la perfide Troie abandonnée aux flammes,
Ses peuples dans vos fers, Priam à vos genoux, Hélène par vos mains rendue à son époux ;
Voyez de vos vaisseaux les poupes couronnées Dans cette même Aulide avec vous retournées,
Et le triomphe heureux qui s’en va devenir L'éternel entretien des siècles à venir.
AGAMEMNON
Seigneur , de mes efforts je connois l'impuissance : Je cède, et laisse aux dieux opprimer l'innocence. La victime bientôt marchera sur vos pas :
Allez. Mais cependant faites taire Calchas;
Et m'aidant à cacher ce funeste mystère Laissez-moi de l'autel écarter une mère,
1 Rien n'égale en éloquence ce discours d'Ulysse : c'est un des meilleurs morceaux d'une tragécie où Racine a prodigué les beautés avec tant de magniticence. Le rôle d'Ulysse s'enno-
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