ULYSSE
Va: m'en voyez moi-mème, en cet heureux moment, Saisi d'horreur , de joie et de ravissement.
Jamais jour n'a paru si mortel à la Grèce.
Déjà de tout le camp la discorde maîtresse
A voit sur tous les yeux mis son bandeau fatal,
Et donné du combat le funeste sisnal.
De ce spectacle affreux votre fille alarmée,
Voroit pour elle Achille, et contre elle l'armée ;
tale, son premier époux, et l'enfant qu'elle allaitait encore ; ensuite elle moutre ce mème Agamemuon vaincu aux genoux de Tyndare , qui l: sauve de la fureur de Castor et de Pollux. La reine ajoute : « En possession de ma personne, vous parvintes à m'apaiser ; et depuis vous n'avez vu en moi qu'une femine irréprochable et sage, occupée du soin de votre maison. » Après ce début, où toutes les conveuances sont violées, aussi bien que toutes les règles de la véritable éloquence, qui consiste à u'employer que des moyens capables de convaincre et de toucher; après avoir avili et offensé le superbe Agamemuon , Clytemnestre , qui dit toutes ces choses sans avoir pour excuse les emportements d'une culère suudaine, entre en matière par quelques paroles touchantes; mais on n'entend pas éclater les transports de l'amour maternel et le délire de la douleur. Puis vient l'étrange idée de demander à son époux pourquoi il n'a pas songé qu'il n'était pas le seul roi de la Grèce ; elle veut qu'on tire au sort parmi eux pour décider quel cst celui qui sacrifiera sa fille.
Il suffirait de ce qui précède pour montrer toute la supériorité de Racine sur son modèle. Plus habile encore que Fénclon, Racine non-seulemnent corrige les anciens en les imitant , mais cncore il les surpasse quelquefois de mauière à devenir sublime quand son modèle est plein de fautes qui sembleraient aunoncer l'enfance de l'art. On ne concoit pas, par exemple, qu'Euripide , éclairé par les conseils de Socrate, averti par les exemples du judicieux Sophocle, et jaloux de plaire aux Athéniens du temps de Périclès, ait pu oublier souvent toutes les convenances, et se permettre tant de froides déclamations , lui qui, d'un autre côté, se montre le plus fécond, le plus touchant, le plus vrai des poëtes dans l'expression des sentiments de la nature! Du reste, ni Homère, ni Sophocle, ni Virgile, ni Tite-Live, ni Tacite, ni Cicéron lui-même, dans sa seconde Phtlippique contre Antoine, que Juvénal appelle une œuvre divince, n'offreut un discours qui approche de l'impétueuse et sublime éloquence de Clÿtemnestre. Peut-être les vers sur les fautes d'Hélène font-ils une dissonnance et une disparate au milieu de tous ces transports : tel est l'avis de La Harpe, qui pourrait bien avoir raison ; cependant cette espèce de repos entre de si grandes fureurs est dans la nature ; la passion semb'e se calmer ou s'arrêter un moment pour éclater de nouveau avec plus de vivl/nce.
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