THÉRAMÈNE
 PEINE nous sortions des portes de Trézène, Il étoit sur son char; ses gardes affligés Imitoient son silence, autour de lui rangés.
11 suivoit tout pensif le chemin de Mycènes ;
Sa main sur les chevaux laissoit flotter les rènes : Ses superbes coursiers , qu'on voyoit autrefois, Pleins d'une ardeur si noble, obéir à sa voix, L'œil morne maintenant, et la tête baissée, Sembloient se conformer à sa triste pensée ”.
d'un grand génie , dont la sensibilité était en proportion de sa force , et à qui l'admiration faisait tout oublier, jusqu'au sentiment de l'amour-propre. » La Harpe ajoute : « Jamais la couscience n'a parlé si haut contre le crime, et jamais aussi une passion criminelle n'inspira une plus juste pitié. Ce contraste est marqué dans la Phédre d'Euripide ; il l'est même aussi dans celle de Sénèque , maigré la déclamation qui étoufle si souveat toute vérité : mais qu'il l'est bien plus fortement dans Racine! Il a su lui donner en même temps et plus de passion et plus de remords. » Voitaire, dans son Oreste, a voulu représenter le trouble et les remords de Ciytemnestre devenue coupable ; mais à quelle distance il est resté, de son maître : Si la peinture des remords de Phèdre par Racine appartenait à Sophocle ou à Euripide, elle ne nous serait parvenue qu'avec les témoignages de l'admiration enthousiaste des contemporains ; Athènes aurait décerné une couronne au poëte pour cette création sublime, en la comparant à quelque chef-d'œuvre de Phidias
. 4 Homère associe les coursiers d'Acbilile au deuil de l'armée sur Patroclie. Le héros , près de partir ponr le venger, prie ces .mèmes coursiers de ne pas le laisser périr comme sun ami. L'un d'eux lui promet de le ramener sain et sauf du combat ;
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DIX-SEPTIÉ
KL Un effroyable cri, sorti du fond des flots, Des airs en ce moment a troublé le repos; Et du sein de la terre une voix formidablé Répond en gémissant à ce cri redoutable. | Jusqu'au fond de nos cœurs notre sang s'est glacé ; Des coursiers attentifs le crin s’est hérissé. . Cependant, sur le dos de la plaine liquide % S'élève à gros bouillons une montagne humide : + L'onde approche, se brise , et vomit à nos yeux, Parmi des flots d'écume, un monstre furieux... Son front large est armé de cornes menaçantes ; Tout son corps est couvert d'écailles jaunissantes : Indomptable taureau, dragon impétueux, * Sa croupe se recourbe en replis tortueux ; Ses longs mugissements font trembler le rivage. % Le ciel avec horreur voit ce monstre sauvage ; % La terre s'en émeut, l'air en est infecté; 4% Le flot qui l'apporta recule épouvanté *.
TL Tout fuit; et, sans s’armer d'un courage inutile, LL Dans le temple voisin chacun cherche un asile. % Hippolyte lui seul, digne fils d'un héros,
Arrête ses coursiers , saisit ses javelots, L Pousse au monstre, et d'un dard lancé d'une main sûre 4 H lui fait dans le flanc une large blessure. % De rage et de douleur le monstre bondissant, % Vient aux pieds des chevaux tomber en mugissant, + Se roule, et leur présente une gueule enflammée, % Qui les couvre de feu, de sang et de fumée.
La frayeur les emporte ; et, sourds à-cette fois, Ils ne connoissent plus ni le frein ni la voix; % En efforts impuissants leur. maître se consame ; Ils rougissent le mors d’une sanglante écume. On dit qu'on a vu même , en ce désordre affreux,
plas habilement motivé que dans ancun autre poëme. Méxence, chassé de son pays, en horreur à ses sujets, désespéré de la perte du généreux fils qui vient de se dévouer pour s0n père, XX ua plus d'autre ami que ce cheval, son ancien compagnon de %o péril et de gloire, et il lui confie sa dernière pensée en courant JL avec lui ad una morte. sulvant la belle expression du Dante Ÿ au sujet de Françoise de Rimini, ve chant de l'Enfer. On lit
au onzième livre de l'Éncide , dans la description du convol -
© funèbre de Pallas : « Après lui marche le cheval du jeuse prince, dépouillé de ses marques d'honneur, les yeux humides et versant de grosses larmes. » Delille dit à propos de ce-trait : « Cette image d'un vieux cheval de bataille pleurant derrière le corps de son malre immolé complète bien le tableau du deuil général, et elle est en outre très-poétique ; mais on a voulu aussi qu'elle fût vraisemblable. et c'est dans Pline le naturaliste que les défenseurs de Virgile ont trouvé une réponse aux critiques. Pline dit des chevaux : «Ils s'affligent de la perte
* » de leurs maître , et versent quelquefois des larmes qui attes- » tent des regrets sur leur absence. »
‘ Voltaire fait remarquer que ce vers de poëte, qui pourrait être très-beau dans l'épopée , offre un rapport trop ingénieux pour la situation et la douleur de T héramène. Dureste , ce vers fameux est imité de celui de Virgile :
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Dissultant ripæ , refluitque extervitus amnis.
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.s0a deraier soupir. Dans la tragédie d'Hippolyte par Euripide,
. qui est dans ces lieux.