‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 618 sur 914 · ATHALIE · texte numérisé non relu

ATHALIE

Dans ce désordre, à mes yeux se présente Un jeune enfant couvert d'une robe éclatante, Tels qu'on voit des Hébreux les prêtres revétus. Sa vue a ranimé mes esprits abattus ; Mais lorsque, revenant de mon trouble funeste, J'admirois sa douceur, son air noble et modeste, J'ai senti tout à coup un homicide acier

qui l'attend; ces pressentiments fermentent avec les remords vendant li nuit, et forment des images affreuses du châtiment qui s'approche. Il s'élève alors dans l'homme une espèce de

CR re TE eu EE Cas + FFT

l1 terreur du coupable : ses yeux , ses oreilles sont fermés , sa langue enchaînée par le sommeil ; et cependant il voit, il entend les apprêts de sa mort, et quelquefois il se révèle et se condamne lui-même par des cris accusateurs !

‘ Quelle affreuse métamorphose ! D'abord dans tont l’orgueil -êt dans tout l'éclat du raug suprème : puis tout à coup devenue je ne sais quoi d'indéfinissable qui n'a de nom daos aucune lan-

ne RER 8

“je gue , puisque le dernier que l'homme puisse recevoir est celui . de cadavre , qui ne lui reste mème pas, comme le dit Bossurt.

k Et puis comme la terreur s'augmente par le choix du ministre ce qui vient aunoncer l'arrêt de la vengeance du ciel ! et enfin ce % cride terreur et de pitié échappé du cœur de Jézabel un moment ressusCitée ; sa mort renouvelée sous les yeux de sa fille lb luiditavec la plus effrayante éloquence : voilà le sort qui t'ats tend;tu mourras de la même mort que ta mère.

7 On lit dans Oviile , sur l'apparition nocturne de Céyx à son ue épouse qui le redemaude aux dieux : « Päle, souillé, livide,

cho dépouillé de ses vétemeuts, il est debout devant la triste Al- “© cyvne; sa barbe est humide, l'ond: amère coule de ses cheds veux. Alors, s'incliuant vers la couche nuptiale , en répandaut des larmes qui baignent son visage : Recounais-tu Céyx, Ô la

ec plus malheureuse des épouses ? ou la mort im'aurait-elle changé el à ce poiut ?.. Regarde, tu vas me recophaître. »

RRRESRERERE

ERÉSTSSSSL Tasse

Comme au jour de sa mort, pompeusement parée :

Et moi, je lui tendois les mains pour l'embrasser ; |

divination intérieure qui confirme et accroît à chaque moment

AARNERIRLSEET TETE EE RESIELES

Que le traître en mon sein a plongé tout entier.

De tant d'objets divers le bizarre assemblage Peut-être du hasard vous paroit un ouvrage ?

Moi-même quelque temps, honteuse de ma peur, Je l'ai pris pour l'effet d'une sombre vapeur. Mais de ce souvenir mon âme possédée

A deux fois en dermant revu la même idée; Deux fois mes tristes veux se sont vu retracer Ce mème enfant toujours tout prêt à me percer. Lasse enfin des horreurs dont j'étois poursuivie, J'allois priér Baal de veiller sur ma vie, | Et chercher du repos au pied de ses autels.

Que ne peut la frayeur sur l'esprit des mortels ! Dans le temple des Juifs un instinct m'a poussée , Et d'apaiser leur Dieu-j'ai conçu la pensée;

J'ai cru que des présents calmeroient son courroux, Que ce Dieu , quel qu'il soit, en deviendroit plus doux. Pontife de Baal, excusez ma foiblesse.

J'entre : le peuple fuit; le sacrifice cesse ;

L® grand-prêtre sur moi s'élance avec fureur :

Pendant qu'il me parloit, 6’ surprise ! Ô terreur !

J'ai vu ce même enfant dont je suis menacée,

Tel qu'un songe effayant l’a peint à ma pensée.

Je l’ai.vu; son même air, son même habit de lin, Sa démarche, ses yeux, et tous ses traits enfin : C'est lui-même. Il marchoit à côté du grand-prètre; . Mais bientôt à ma vue on l’a fait disparoitre.

Voilà quel trouble ici m'oblige à m'arrêter, : Et sur quoi j'ai voulu tous deux vous consulter ". Que présage, Mathan, ce prodige incroyable?

‘ Le reste du récit n'approche pas du sublime de la peinture du supplice de Jézabel , peinture dans laquelle Racine a pu turpasser en poésie même un passage sublime de la Bible, parce gue rien u'est trop magnifique, trop hardi, trop riche de couleur pour l'imagination exal'ée par une passion comme la terreur ; mais de nouvelles beautés donnent la vie au récit d'Athalie, qui, encore sous la terreur de la catastrophe de sa mère, voit tout à coup dans un enfant un meurtrier, et sent la pointe du glaive entrer dans son seiu. 11 est impossible de porter plus loin l'illusion des mouvements de l'äme dn personnage. Ce n'est pas un récit qu'on entend, c’est une action qui parle aux ytux, et qui ne laisse pas un moment.de trève à l'esprit effrayé d'un tel spectacle. | .

Dans lé dessein d'offrir ici un utile sujet de comparaison à mes lecteurs, j'emprunte à Virgile l'admirable tableau de l'apparition d'Hector à Énée pendant la dernière nuit d'Ilion. Énée s'exprime aiusi : « C'était l'heure où le premier repos suspend les douleurs des mortels et se répand comme une douce rosée dans leurs veines. Tout à coup , voilà que dans mon sommeil m'apparait Hector accablé de tristesse et versant de longs ruisseaux de larmes, tel qu'on le vit autrefvis trainé au char du vainqueur, le visage nolrci d’uue sauglaute poussière, ct les picds gonilés par les courroies qui les traversaient. Grands dieux ! quel effrayant aspect ! que le héros était différent de cet Hector qui revenait tout chargé des dépouilles d'Achilie, ou qui laucait les feux phrygiens sur les vaisseaux des Grecs: Sa barbe était hideuse, ses cheveux collés ensemble par un sang

Page 1