DIX SEPTIÈME
En dût-il coûter plus de poudre Qu'ils n'en perdirent à Wital.
Et le gaillard père Guérin,
Qui tous les jours fait dans la chaise Plus de leçons à Tabarin
Qu'à tous les clercs d'un diocèse ?
Ce vieux bateleur déguisé,
Cemme s'il eût bien disposé
Et ciel et terre à ma ruine,
Prêchoit qu'à peu de jours de là,
La justice humaine et divine M'immoleroit à Loyola.
Ici donc, comme en un tombeau, Troublé du péril où je rève,
Sans compagnie et sans flambeau, N'entendant parler que de Grève, À l'ombre d'un petit faux jour, Qui perce un peu l'obseure tour Où les bourreaux vont à la quête ‘, Grand roi, l'honneur de l'univers, Je vous présente la requête
De ce pauvre faiseur de vers.
Je demande premièrement .
Qu'on supprime ce grand volume * Qui brave trop insolemment
La captivité de ma plume,
Et que monsieur le cardinal, Après m'avoir fait tant de mal, Pour l'amour de Dieu se retienue ; IE va contre la charité,
Et choque une vertu chrétienne, Quand il me prend ma liberté.
Qu'on remontre aux religieux,
: Ces vers, qui rappeHent ce que Pascal et Voltaire ont dit de la puissante milice qui avait poussé des racines presque par toute la terre, out fait un grand brnit dans Le temps. Le dernier vers est une allusion à la fameuse conspiration des poudres.
* Pour chaire.
* Au temps de la Ligue, par exemple, et dans des temps plus reculés encore , ces excellents vers de satire n'auraient été qu'une fidele peinture des mœurs. Les prédicateurs attaquaient uit, et ne respectaient pas même le bun Henri IV.
Ce mot de quéle, à côté de bourreau, prodait un grand uffet. .
# L'onvrage du père Guérin contre Théophile.
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À qui mon nom semble un blasphème, Que leur zèle est injurieux,
De vouloir m'ôter le baptème ;
Que les crimes qu'ils ont préchés, Inconnus aux plus débauchés,
Sont inventés pour me détruire,
Et sèment un subtil appas,
Par où l'âme se peut instruire
Au vice qu'elle ne sait pas *.
Que c'est un procédé nouveau, Dont Ignace étoit incapable,
De souiller l'air , la terre et l'eau, Pour rendre un innocent coupable ; Qu'autrefois on a pardonné
Ce carnaval désordonné
De quelques-uns de nos poëtes, Qui se trouvèrent convaincus D'avoir sacrifié des bêtes
Devant l'idole de Bacchus ;
Qu'à mon exemple , nos rimeurs Ne prendront point ce privilége, Et que mes écrits et mes mœurs Ont en horreur le sacrilége ;
Que mon confesseur soit témoin Si je ne rends pas tout le soin Qu'un bon chrétien doit à l'Église ; Et qu'on ne voit en aucun lieu Qu'un vers de ma façon se lise, Qui soit au déshonneur de Dieu.
Sire , jetez un peu les yeux
Sur le précipice où je tombe ; Sainte image du roi des cieux, Rompez les maux où je succombe.
Si vous ne m'arrachez des mains De quelques hommes inhumains,
‘ Le nom de Théophile se compose de deux mots grecs, ct veut dire ami de Dieu. M'ôler le bapléme estun trait spirituel à la manière de Marot. Les deux derniers vers de la strophe reuferment une vérité morale que les écrivains devraient tuujours avoir devant les yeux , ain de ne jamais courir ke risque de corrompre des âmes innocentes.
3 J'aime cette expression naïve et simple qui rappelle Marot.
5 Très-beaa vers , et plus noble que ceux d'Ovide , lorsqu'indignement exilé dans un lieu où il demande par grâce qu'on Ini montre le soleil, il vante la clémence et les bienfaits d’Auguste, son persécuteur. Élégie 1v du livre v.
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