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Fasse de vos écrits prospérer la malice,
Et qu'enfin votre livre aille , au gré de vos vœux, Faire siffler Cotin chez nos derniers neveux :
Que vous sert-il qu'un jour l'avenir vous estime, Si vos vers aujourd'hui vous tiennent lieu de crime, Et ne produisent rien, pour fruit de leurs bons mots, Que l'effroï du public et la haine des sots?
Quel démon vous irrile et vous porte à médire ?
Un livre vous déplait : qui vous force à le lire? Laissez mourir un fat dans son obscurité :
Un auteur ne peut-il pourrir en sûreté ?
Le Jonas inconnu sèche dans la poussière ;
Le David imprimé n'a point vu la lumière;
Le Moïse commence à moisir par les bords.
Quelmalcela fait-il? Ceux qui sont mortssont morts : Le tombeau contre vous ne peut-il les défendre ? Etqu'ont fait tant d'auteurs pour remuer leur cendre ?
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Vous ferez-vous toujours des affaires nouvelles? Ft faudra-t-il sans cesse essuyer des querelles ? N'’entendrai-je qu'auteurs se plaindre et murmurer ? Jusqu'à quand vos fureurs doivent-elles durer ? Répondez, mon esprit; ce n'est plus raillerie :
Dites. Mais , direz-vous, pourquoi cette furie ?
Quoi! pour un maigre auteur que je glose en passant, Est-ce un crime, après tout, et si noir et si grand ? Et qui, voyant un fat s'applaudir d'un ouvrage
-Où la droite raison trébuche à chaque page,
Ne s'écrie aussitôt : L'impertinent auteur !
L'ennuyeux écrivain! le maudit traducteur!
À quoi bon mettre au jour tous ces discours frivoles, Et ces riens enfermés dans de grandes paroles ?
Est-ce donc là médire ou parler franchement ? Non, non, la médisance y va plus doucement.
Si l'on vient à chercher pour quel secret mystère
« Alidor, à ses frais, bâtit un monastère :
Alidor, dit un fourbe, il est de mes amis;
Je l'ai connu laquais, avant qu'il fût commis ;
C'est un homme d'honneur , de piété profonde, Etqui veut rendre à Dieu ce qu'il a pris au monde. »
Voilà jouer d'adresse et médire avec art; Et c'est avec respect enfoncer le poignard”.
‘ Ce trait, qui ressemble aux meilleures plaisanteries de Molière, rappelle un bon mot de Louis XI à l'égard de Nicolas Baudin , chancelier de Bourgogne , qui avait employé üne partie de ses concussions à fonder un hôpital : e Ayant fait une infinité de pauvres, il est juste qu'il les ioge. »
* Ces vers ont l'accent de certains vers du Tartufe et du disanthrope.
Jl a tort, dira l'un; pourquoi faut-il qu'il nomme? Attaquer Chapelain! ah! c'est un si bon homme! Balzac en fait l'éloge en cent endroits divers.
llest vrai, s'ilm'eût cru ,qu'iln'eût point fait de vers. Il se tue à rimer : que n'écrit-il en prose ?
Voilà ce que l'on dit. Et que dis-je autre chose ? En blâmant ses écrits, ai-je, d’un style affreux, Distillé sur sa vie un venin dangereux ?
Ma muse, en l'attaquant, charitable et diserète, Sait de l'homme d'honneur distinguer le poëte. Qu'on vante en lui la foi, l'honneur, la probité; Qu'on prise sa candeur et sa civilité ;
Qu'il soit doux, complaisant , officieux, sincère : On le veut , j'y souscris, et suis prêt à me taire. Mais que pour un modèle on montre ses écrits ; Qu'il soit le mieux renté de tous les beaux esprits"; Comme roi des auteurs, qu'on l'élève à l'empire, Ma bile alors s'échauffe , et je brûle d'écrire ;
Et, s'il ne m'est permis de le dire au papier,
J'irai creuser la terre, et, comme ce barbier, Faire dire aux roseaux, par un nouvel organe :
a Midas, le roi Midas a des oreilles d'âne. »
: Quel tort lui fais-je enfin ? Ai-je par un écrit
Pétrifié sa veine et glacé son esprit?
Quand un livre au palais se vend et se débite, . Que chacun par ses yeux juge de son mérite,
Que Bilaine l'étale au deuxième pilier,
Le dégoût d'un censeur peut-il le décrier ?,
En vain contre le Cid un-ministre se ligue :
Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue. L'Acadénie en corps a beau le censurer :
Le public révolté s'obstine à l'admirer. .
La satire, en leçous, en nouveautés fertile,
Sait seule assaisonner le plaisant et l’utile,
Et, d'un vers qu'elle épure aux rayons du bon sens, Détromper les esprits des erreurs de leur temps. Elle seule, bravant l'orgueil et l'injustice,
Va jusque sous le dais faire pâlir le vice ;
Et souvent sans rien craindre, à l'aide d'un bon mot, Va venger la raison des attentats d'un sot.
C'est ainsi que Lucile, appuyé de Lélie,
Fit justice, en son temps, des Cotins d'Italie,
Et qu'Horace, jetant le sel à pleines mains,
Se jouoit aux dépens des Pelletiers romains.
C'est elle qui, m'ouvrant le chemin qu’il faut suivre, M'inspira , dès quinze ans, la haine d'un sot livre’;
4 Chapelain avait 8.000 francs de pension, tandis que le grand Corneille languissait dans l'indigence : voilà ce qui allumait la bile de Despiéaux , fort désintéressé pour lui-même, comme sa vie tout entière l'atteste.
2 C'est là le caractère de l'esprit de Boileau : il avait pour un séchant livre la haine qu'on porte à une mauvaise action ;
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