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Tu nous aurois fourni des rimes à milliers.
Il n'est plaine en ces lieux si sèche et si stérile
Qui ne soit en beaux mots partout riche et fertile. Là, plus d'un bourg fameux par son antique nom, Vient offrir à l'oreille un agréable son.
Quul plaisir de te suivre aux rives du Scamandre, D'y trouver d'Ilion la poétique cendre :
De juger si les Grecs, qui brisèrent ses tours, Firent plus en dix ans que Louis en dix jours! Mais pourquoi sans raison désespérer ma veine ? Est-il dans l'univers de plage si lointaine
Où ta valeur, grand roi, ne te puisse porter, Et ne m'offre bientôt des exploits à chanter ? Non, non, ne faisons plus de plaintes inutiles : Puisqu'ainsi dans deux moistu prendsquarante villes, Assuré des bons vers dont ton bras me répond, Jet'attendsdans deux ans aux bords del'Hellespont.
suivre ses soldats, Condé lui-même n'aurait-il pas essayé de faire en quelque sorte vivlence au monarque, pour l'empêcher de commettre sa personne sacrée aux périls du passage d'un grand fleuve , devant des ennemis capables de le disputer avec beaucoup d'avantage ? Mais ces raisons ne pouvaient empêécher des ennemis de saisir le côté ridicule de l'action , et Prior de dire dans deux vers anglais traduits par Voltaire :
Satirique flatteur , to! qui pristant de peine Pour chanter que Louis n'a point passé le Rbin.
‘ On doit remarquer ici l'art avec leqnel Boileau a su ren-
trer dans le ton de l'épitre par les vers pleins d'élégance et de mélodie qui terminent la pièce.
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Dans nn prëme sur les vic'oires du roi en Hollande , poëme imité du latin du père Delarue par Corneille, on trouve ce portrail du peuple batave :
Pardonne, grand monarque, à ton destin propice: 1! va de ses faveurs corriger l'injustice,
Et t'oifre uu ennemi Lier, intrépide, heureux, Puissaut , opluiâtre, et tel que tu le veux.
Sa fureur se fait craindre aux deux burds de ja terre; Au levant , au couchunt, elle a porté la guerre; L'un et l'autre Java, la Chine et le Japon, Frémisseul à sa vue, et tremblient à son nom. C'est ce jaloux ingrat , cet insoleut Hatave,
Qui te doit ce qu'il est, et bautement te brave.
Il ie déchire, 1 s'arme, 1 hrigue contre toi, Cowrmme s'il u'aspirait qu'à te faire la lot,
Ne le regarde polnt dans sa basse origine, Couline par mépris au bord de is marine...
C'est un peuple ennobli par cent fameux exploits, Qut ue veut xdorer ni vivre qu'à son choix;
Un peuple qui ne souffre autels ni diadèmes,
Qui veut buruer les rois et les régler eux-mêmes.
Le prête fait sortir des champs Elysées des ombrrs guerrières et avides de voir le passage du Rhin.
Drusus marche à leur tête , et se porte au fossé
Que paur joindre l'Yssel au Rhin il a tracé:
Varus le suit tout pâle, et semhie dans ces plalnes
Chercher le reste affreux des léglons romaines: Son vals:queur après lui, I grand Germanicus,
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Vlent voir comme on valnera ceux qu'il n'a pes vaincus. Le fameux Jean d'Autriche et le cruel Tolède,
Sous qui des maux si grands crûrent par leur remède; L'inviacible Farnèse, et les vaillants Nassaus :
Flers d'avoir tant livré , tant soutenu d'assauts, Reprennent tous leur place au jour qui nous éclaire, Pour voir faire à mon rol ce que tous n'ont pu faire, Eux-mêèmes s'en convaincre, et, d'un regord jaloux, Adinirer un héros qui les efface tous.
On pent accuser ici le poëte d'hyperholes ; mais ses vers n‘en sont pas moins excellents. On a préparé tous les moyens ordi-
paires pour franchir le Rhin, Louis voit ces appréts et dit à ses soldats :
De vos ponts commencés interrompez l'ouvrage, Françals, ce n'est qu'un fleuve, f{ faut passer à nage, Et laisser, eu dépit des fureurs de son cours ‘
Aux autres nations un sl terdif secours.
Prenez pour le triomphe une plus courte vole;
C'est Dieu que vous servez, c'est moi qui vous envole; Allez, et fuites voir à ces flots ennemts
Quels Intérèts le ciel en vos mains a remis.
Cela vaut mieux sans donte pour la situation que les deux beaux vers de Boileau, où Louis se p'aint de sa grandeur qui l'attache au rivage. Dans les détails du passage , Corneille sou-
tient la comparaison avec Builean, Voici quelques détails e1-
primés à la manière des vrais poëtes :
la tourmente et les vents font horreur aux courslers, Mais cette horreur en valn résiste aux cavaliers : Chacun pousse le sien au travers de l'orage;
Le péril redoublé redouble le courage.
Le gué manque , et leurs pieds semblent à pas perdus Chercher encor le fond qu'ils ne retrouvent plus:lis battent l’eau de rage , et malgré ia tempête Qui bondit sur leur croupe et mugit sur leur tête; L'imperleux éclat de leurs hennissements
Veut imposer silence à ces mugissements.
Le gué rensit sous eux. 4 leurs crins qu'ils secouent, Des restes du périi on dirait qu'ils se jouent ; .
Ravis de voir qu'enfin leur pied mieux affermi, Victorleux des flots, n'a plus qu'un ennemi.
Au milieu du récit de l’action, le poête s'écrie :
Jet: vois, Longueville , étendu sur la poudre, Avec tol tout l'éclat de tes premiers exploits Laisse périr le nom et le sang des Dunois; Et ces dignes alcux qui le voyalent les suivre Perdent ct la douceur et l'espoir de revivre. Condé va te venger, Condé dont les regards l'ortent toute Noriinghe ct Leus au Champ-de-Vors.
« Une épitre en vers, quand c'est un satirique qui la fait, ressemble beauconp à une satire 11 serait aisé d'indiquer, dans. les œuvres de Poileau , des p'èces auxquelles convicndraient presque également le notn de satire et d'épitre. C'est bien le
plus souvent le mime ton , le même genre de style appliqué à |
un mène fonds d'idées morales et littéraires. Dans les douze éplires cependant, il s'agil davantage des habitudes personnelles du poûte , de ses relations avec ses contemporains, par exemple, avec Louis XIV. D'ailleurs ces épitres , qui toutes sont postérieure: à la neuvième satire , sont le fruit d'un talent plus mûr : la versification y offre plus de souplesse cet de grâce, le style plus d'égalité, de consistance. de plénitude; des pensées plus fortes, plus étroitement enchaïnées y sont expranées avec p'us de vérité, de couleur et d'énergie. » Extrait de La préfacc de M. Daunou , en tête de son édition de Bvileau,)
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