‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 665 sur 914 · FRAGMENTS DE L'ÉPITRE AU ROI SUR LES CONQUÈTES · texte numérisé non relu

FRAGMENTS DE L'ÉPITRE AU ROI SUR LES CONQUÈTES

Ou , grand roi, laissons là les siéges , les batailles; Qu'un autre aille en rimant renverser des murailles, Et souvent, sur tes pas marchant sans ton aveu, S’aille couvrir de sang, de poussière et de feu.

À quoi bon, d'une muse au carnage animée, Echauffer ta valeur déjà trop allumée ?

Jouissons à loisir du fruit de tes bienfaits,

Et ne nous lassons point des douceurs de la paix.

«a Pourquoi ces éléphants, ces armes , ce bagage, Et ces vaisseaux tout prêts à quitter le rivage? Disoit au roi Pyrrhus un sage confident ?, Conseiller très-sensé d’un roi très-imprudent. —Je vais, lui ditce prince, à Rome, où l'on m'appelle. — Quoi faire ? — L'assiéger.— L'entreprise est fort belle. Et digne seulement d'Alexandre ou de vous;

Mais, Rome prise enfin, seigneur, où courrons-nous ? — Du reste des Latins la conquête est facile.

— Sans doute, on peut les vaincre : est-ce tout ?—La Sicile De là nous tend les bras, et bientôt, sans effort, Syracuse reçoit nos vaisseaux dans son port.

— Bornez-vous là vos pas ? — Dès quenousl'aurons prise, I! ne faut qu'un bon vent, et Carthage est conquise. Les chemins sont ouverts : qui peut nous arrèter ? — Je vous entends, seigneur : nous allons tout dompter : Nous allons traverser les sables de Libye, Asservir, en passant, l'Égypte ; l Arabie,

Courir delà le Gange, en de nouveaux pays, Faire trembler le Scythe aux bords du Tanaïs,

Et ranger sous nos lois lout ce vaste hémisphère. Mais, de retour enfin , que prétendez-vous faire ? — Alors, cher Cinéas, victorieux, contents,

« Après le traité d'Aix-la-Chapelle , en 1668, Colbert vonlut éteindre dans l'âne de Louis XIV le funeste goñt des conqnè-

tes. Ce fut pour seconder les vues pacifiques du ministre , que

Boileau composa cette épltre, dont le but était d'inviter le prince à chercher sa propre grandeur dans le bonheur des peuples, dans la s2g»sse des lois , dans l'activité de l'industrie, dans le progrès des arts, daus la répression des desurdres, dans la diminution des impôt. Le monarque Int l'épire , l'admira et fit la gucrre ; mais le poête qui avait donné à des idées grandes et utiles nne expression digne d'elles avait fait un bel ouvrage et une belle action.

2 Plutarqus, daus la vie de Pyrrhus.

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Nous pourrons rire à l'aise et prendre du bon temps. — Hé, seigneur, dès ce jour, sans sortir de l Épire, Du matin jusqu'au soir qui vous défend de rire? » Le conseil étoit sage et facile à goûter :

Pyrrhus vivoit heureux s'il eût pu l'écouter.

Mais à l'ambition d’opposer la prudence,

‘C'est aux prélats de cour prêcher la résidence.

Ce n'est pas que mon cœur, du travail ennemi, Approuve un fainéant sur le trône endormi,

Mais, quelques vains lauriers que promette la guerre, On peut être héros sans ravager la terre.

Il est plus d’une gloire. En vain aux conquérants L'erreur, parmi les rois, donne les premiers rangs; Entre les grands héros, ce sont les plus vulgaires. Chaque siècle est fécond en heureux téméraires ; Chaque climat produit des favoris de Mars ;

La Seine a des Bourbons, le Tibre a des Césars : On a vu mille fois des fanges Méotides

Sortir des conquérants, goths , vandales , gépides ". Mais un roi vraiment roi, qui, sage en ses projets, Sache en un calme heureux maintenir ses sujets, Qui du bonheur public ait cimenté sa gloire,

Il faut, pour le trouver, courir toute l’histoire.

La terre compte peu de ces rois bienfaisants :

Le Ciel à les former se prépare longtemps.

Tel fut cet empereur * sous qui Rome adorée

4 Dans le pro'ozue de la Toison d'Or, tragédie lyrique composée par Corneille à l'occasion du mariage de Louis XIV et de la paix avec l'Espague, la France et la Victoire personnifiées paraissent sur le théâtre , et voici ce que la première répond à la seconde :

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