‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 680 sur 914 · PRÉ ROC T ES D TT TOUS DÉPUE · texte numérisé non relu

PRÉ ROC T ES D TT TOUS DÉPUE

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521 DIXdonnance est pleine d'art, et chaque partie se lie tellement à l'ensemble qu'il serait impossible d'en retrancher le moindre trait, sans faire à l'instant même une lacune qui détruirait l'admirable unité de l'ouvrege, Chacun des

Jractères est tracé de manière à produire des contrastes naturel et saillants , et à concourir au but et à l'effet gépéral de la pièce. Après Tartufe , l'homme faux par le cœur , doux et enAniellé dans ses paroles, l'homme aux passions basses et honteuses, au cœur impitoyable, au maintien humble et recueilli, sous lequel se cache un or-

‘ gueil démesuré, qui trouvons-nous ? M. Orgon, l'excel-

lent père de famille, franc, loyal, pieux, simple, crédule à l'excès, donnant tête baissée dans le picge qu'on lui tend, dominé par une intelligence supérieure à la sienne

“et fasciné par les apparences de la piété. A côté de ceite

dupe de si bonne foi, parait madame Pernelle, vieille femme bigote, superstiticuse, entichée de pratiques et de momeries, éternelle sermonneuse, coiffée, entétée de ce bon monsieur Tariufe, pour lequel, au besoin, elle déshérilerait ses propres enfants: voilà le second rôle comique de la pièce, cr Orgon l’est beaucoup, précisément parce qu'il parle toujours sérieusement et avec toute la passion d'un esprit aveuglé. Le fils de la maison, jeune bomme étourdi, impétuceux, qui n'entrevoit d'autre moyen de punir l'hypocrite que de lui couper les orcilles, est placé là pour le combattre et le forcer à se dévoiler, mais il ne parvient pas à son but; toutes ses injures, toutes ses men'ces viennent échouer contre le calme apparent de Tartufe, qui hrüle au-dedans , et se contient assez pour paraitre calme au-dchors. Le génie de Molière réservait à la plus impérieuse et à la plus irrésistible des passions

humaines, la puissance de faire tomber le masque de l'hypocrite. Ainsi c'est encore vainement que la servante Dorine insulte Tartufe, qu'elle le met à nu devant luiméme, et dans les autres ; elle parle d’or dans les consei's qu'elle donne contre lui, mais elle ne réussit pas plus à le démonétiser, qu'à le faire sortir de sa patience calculée. Elnire , était le rôle le plus difficile peut-être à créer, et celui pour lequel Molière a employé toutes les ressour ces de l'art et du travail. Mélange de décence, de vertu sans faste, de coquctterie permise, d'esprit piquant et déhcat, l'épouse d'Orgon sort, avec une admirable présence d'esprit, de la position dangereuse dans laquelle la place

T'artufe. Cléanthe est le sage de la pièce ; aucune préven- .

tion ne l'aveugle; il suit patiemment le fild'uneaffreuse intrigue, et ne se laisse émouvoir par d'autre eonsidéralion que celle de la justice et du devoir. Il ne faut pas oublier que le style du T'artufe, forme sur le style de Régnier et sur celui de Corneille dans le Meuteur, perfectionné par de grandes études, plein d’une chaleur qui manque aux meilleures satires de Boileau, varie suivant le caractère et l'etat des personnages; étincelant de naturel, de verve comique, et quelquefois aussi élevé que le langage de la tragédie , il est le modèle du genre.

Quand Boileau, répondant à une question de Louis XIV, ne craignait pas d'affirmer que Molière était le plus beau génie du siècle, il devançait le jugement de la postérité. Molivre appartient à une famille de grands noms tous immortels comme lui, et doit être surtout placé au premier rang , parmi les plus profonds observateurs ct les plus grands peintres du cœur humain.

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