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ve l'Oratoire, mais l'indépendance de son humeur ne lui . permit pas de rester plus de dix-huit mois dans cette con- “ grégation. A peu près vers ce temps, un officier en gar- “ nison à Chätcau-Thierry lut en sa présence l'ode de Malherbe sur la mort de Henri IV. Dès ce moment La « Fontaine se sentit poëte. Malherbe devint sa lecture favorite ; la nuit, il l'apprenait par cœur ; le joùr, il allait le «, + déclamer dans les bois : cet enthousiasme avzit ses danue gers, Malherbe faillit gâter La Fontaine, qui avait aussi du “e penchant pour Voiture. Rabelais, qui cache tant de raison “ sous tant de folie, Marot, dont l'esprit est si naturel , et se la naïveté si gracicuse, eurent sans doute une heureuse à influence sur l'esprit de La Fontaine, que ses deux prese miers modèles pouvaient égarer ; mais ce fut Horace qui “Jui dessilla les yeux: c'était par les conseils de l'un de ses un parents, nommé Pintret, que La Fontaine avait étudié l'an- “e tiquité; Térence, Virgile, Ovide, Horace faisaient ses dé-
lices. Malheureusement, La Fontaine ne savait pasle grec, et ne pourait lire que dans les versions françaises Plutarque et Platon , que lui traduisait quelquefois son ami RacÎne. Ilaimait singulièrement ces deux auteurs, dont la substance a souvent passé dans ses ouvrages, embellie par les créations d'un style qui n'appartient qu'à lui. La littérature italienne était aussi très-familière à La Fontaine ; il avait une prédilection particulière pour Machiavel, l'Ariostc et
ginalité que tout le monde lui reconnait, ce fut l'étude approfondie des écrivains de notre vieille langue, et de leur commerce uni à celui de l'antiquité. D'une méditation continuelle et profonde sur l'art de composer et d'écrire, sortit ce génie simple et composé, imitateur et créateur à la fois, et devenu plus inimitable que ses modèles, par l'accord de tant de qualités qui, avant lui, auraient semblé impossibles à réunir dans un même homme ct dans un même ouvrage. Le père de La Fontaine appläudissait au goût de son fils pour la poésie, mais il voulut pourtant lui imposer un état. Il lui donna sa charge de maître des Faux-et- Forêts, et le maria avec Marie Héricart, fille d'un lieutenant au bailliage royal de la Ferté-Milon; cette femme était belle, aimable, spirituelle, elle connaissait les lettres, ct néanmoins elle ne put attacher son mari. Malgré beau-