‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 700 sur 914 · LE BERGER ET LE RO · texte numérisé non relu

LE BERGER ET LE RO

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Dacx démons à leur gré partagent notre vie, | Jetez cet animal traitre et pernicieux , < Et de son patrimoine ont chassé la raison; Ceserpent!—C'estunfouet.—C'estunserpent! vousdis-je; i Je ne vois point de cœur qui ne leur sacrilie : À me tant tourmenter quel intérêt m'oblige? . Si vous me demandez leur état et leur nom, Prétendez-vous garder ce trésor ?— Pourquoi non? ‘5 J'appelle l'un Amour, et l'autre Ambition. Mon fouet étoit usé; j'en retrouve un fort bon : L Cette dernière étend le plus loin son empire ; Vous n'en parlez que par envie. » | ce Car même elle entre dans l'amour. L'aveugle enfin ne le crut pas ; So Je le ferois bien voir ; mais mon but est de dire Il en perdit bientôt la vie : . Comme un roi fit venir un berger à sa cour. L'animal dégourdi piqua notre homme au bras. ss Le conte est du bon temps, non du siècle où noussommes. Quant à vous, j'ose vous prédire se | Qu'il vous arrivera quelque chose de pire. En Ce roi vitun troupeau qui couvroit tous les champs, | —Eh! que me sauroit-il arriver que la mort ? Je ” Bien broutant, en bon corps, rapportant tous les ans, | — Mille dégoûts viendront, dit le prophète ermite.»v * Grâce auxsoins du berger , de très-notables sommes. | Ilen vint en effet : l'ermite n'eut pas tort. js Le berger plut au roi par ses soins diligents. Mainte peste de cour fit tant , par maint ressort, ce « Tu mérites, dit-il, d'être pasteur de gens; Que la candeur du juge , ainsi que son mérite, . Laisse là tes moutons : viens conduire des hommes; | Furent suspects au prince. On cabale, on suscite Je te fais juge souverain. » Accusateurs et gens grevés par ses arrêts. + . Voilà notre berger la balance à la main. « De nos biens, dirent-ils, il s'est fait un palais.» :£ Quoiqu'il n'eût guère vu d’autres gensqu'unermite, | Le prince voulut voir.ces richesses immenses : un Son troupeau , ses mâtins, le loup, et puis c'esttout;: | 11 ne trouve partout que médiocrité, . Il avoit du bon sens : le reste vient ensuite ; Louanges du désert et de la pauvreté : un Bref, il en vint fort bien à bout. C'étoient là ses magnificences. ch L'ermite, son voisin, accourut pour lui dire : Son fait, dit-on, consiste en des pierres de prix ; . « Veillé-je ? et n'est-ce point un songe que je vois? | Un grand coffre en est plein, fermé de dix serrures. sk Vous favori! vous grand! Défiez-vous des rois ; Lui-même ouvrit ce coffre, et rendit bien surpris us Leur faveur est glissante; on s’y trompe, et le pire, Tous les machineurs d'impostures. fe . C'est qu'il en coûte cher; de pareilles erreurs: Le coffre étant ouvert, on y vit des lambeaux, Ne produisent jamais que d'illustres malheurs. L’'habit d'un gardeur de troupeaux, °p Vous ne connoissez pas l'attrait qui vous engage ; Petit chapeau, jupon, panetière, houlette, s$e Je vous parle en ami : craignez tout. » L'autre ril; Et , je pense aussi, sa musette. . Et notre ermite poursuivit : « Doux trésors, ce dit-il, chers gages, qui jamais © «Voyez combien déjà la cour vous rend peu sage. N'attirâtes sur vous l'envie et le mensonge, L Je crois voir cet aveugle à qui, dans un voyage, Je vous reprends ! Sortons de ces riches palais us Un serpent , engourdi de froid, Comme l'on sortiroit d’un songe. . Vint s'offrir sous la main; il le prit pour un fouet : | Sire, pardonnez-moi cette exclamation : ce Le sien s'étoit perdu, tombant de sa ceinture. J'avois prévu ma chute en montant sur le faî:e. Le [l rendoit grâce au Ciel de l'heureuse aventure, Je m'y suis trop complu; mais qui n’a dans la tête : Quand un passant cria : « Que tenez-vous, Ô dieux, Un petit grain d'ambition ? » se F .

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