‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 703 sur 914 · CHANT I · texte numérisé non relu

CHANT I

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De ces hommes sacrés rompit l'intelligence, Et troub'a si longtemps deux célèbres rivaux. Tant dè fiel entre-t-il dans l'âme des dévots ?

Parmi les doux plaisirs d’une paix fraternelle, Paris voyoit fleurir son antique chapelle;

Ses chanoines, vermeils et brillants de santé, S'engraissoient d’une longue et sainte oisiveté ; Sans sortir de leurs lits, plus doux queleurs hermines, Ces pieux fainéants faisoient chanter matines, Veilloient à bien diner, et laissoient en leur lieu

A des chantres gagés le soin de louer Dieu;

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P ae Æ DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. 559 + % Quand la Discorde, encor toute noire de crimes, Règne sur le duvet une heureuse indolence. se

Sortant des cordeliers pour aller aux minimes, C'est là que le prélat, muni d'un déjeuner, of de Avec cet air hideux qui fait frémir la Paix, Dormant d'un léger somme, attendoit le diner. he Le S'arrêta près d'un arbre, au pied de son palais. La jeunesse en sa fleur brille sur son visage; + . Là, d'un œil attentif contemplant son empire, Son menton sur son sein descend à double étage; ee “PA r aspect du tumulte , elle-même s'admire. | Et son corps, ramassé dans sa courte grosseur, + “ Elle y voit par le coche et d'Évreux et du Mans, . | Fait gémir les coussins sous sa molle épaisseur ‘. se % Accourir à grands flots ses fidèles Normands ; | > Elle y voit aborder le marquis, la comtesse, : La déesse , en entrant, qui voit la nappe mise, se Le bourgeois, le manant, le clergé, la noblesse, : Adinire un si bel ordre, et reconnoit l'Église; cu 4% Et partout des plaideurs les escadrons épars, : Et, marchant à grands pas vers le lieu du repos, se . Faire autour de Thémis flotter ses étendards. | Au prélat sommeillant elle adresse ces mots : “ 4 Mais une église seule, à ses yeux immobile, | … + Garde, au sein du tumulte , une assiette tranquille : «Tu dors, prélat, tu dors, et là-haut à ta place ds un Elle seule la brave ; elle seule aux procès Le chantre aux yeux du chœur étale son audace, Le > De ses paisibles murs veut défendre l'accès. Chante les Oremus, fait des processions , 2

La Discorde, à l'aspect d'un calme qui l'offense, Et répand à grands flots les bénédictions. of . Fait siffler ses serpents , s'excite à la vengeanee ; . Tudors! Attends-tu donc que , sans bulle et sans titre, Sa bouche se remplit d’un poison odieux , J1 te ravisse encor le rochet et la mitre ? se g Et de longs traits de feu lui sortent par les yeux. Sors de ce lit oiseux, qui te tient attaché, > £ Et renonce au repos ou bien à l'évêché. » + de ce Quoi! dit-elle d'un ton qui fit trembler les vitres, | Lo “J'aurai pu jusqu'ici brouiller tous les chapitres , Elle dit, et, du vent de sa bouche profane, D e Diviser cordeliers , Carmes et célestins : Lui souftle avec ces mots l'ardeur de la chicane. “> po Le prélat se réveille, et, plein d'émotion, >

Ft cette église seule , à mes ordres rebelle , Lui donne toutefois la bénédiction. Nourrira dans son sein une paix éternelle !

Suis-je donc la Discorde ? et, parmi les mortels,

Qui voudra désormais encenser mes autels '? »

A ces mots, d'un bonnet couvrant sa tête énorme, Elle prend d'un vieux chantre et la taille et la forme; Elle peint de bourgeons son visage guerrier ,

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| | | J'aurai fait soutenir un siége aux augustins, |

Et s'en va de ce pas trouver le trésorier. ir LL +

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Dans le réduit obscur d’une alcôve enfoncée , Fu

se S'élève un lit de plume à grands frais amassée ; Le perruquier honteux rougit en l'écoutant. + ce Quatre rideanx pompeux, par un double contour, Aussitôt de longs clous il prend une poignée; … + En défendent l'entréé à la clarté du jour. Sur son épaule il charge une lourde cognée; ée LE Là , parmi les douceurs d’un tranquille silence, Et derrière son dos, qui tremble sous le poids, eu

. . Ü e Il attache une scie, en forme de carquois : ce Il sort au même instant, il se met à leur tête. ox ; . , , (] : 1> de 4 Virgile, Énéide, livre 1, vers 52. À suivre Ce dires re I ne. l ne Hs ce ! Le }

Es « Rien de plus juste et de plus naturellement placé que l'é- ou us Pros de LR abEres 4 SN GR de “> pisode de la Discorde ; on sait qu'elle règne dans une églis Brontin tient un maillet , et Boirude un marteau. e Lo comme dans un Camp, parmi des moines comme parmi des , La lune, qui du ciel voit leur démarche altière, ds “> généraux d'armées : et lorsqu'on lui entend tenir dans le Zutrin . Retire en leur faveur sa paisible lumière. le + Je même langage à peu près qu'elle tiendrait dans l’Iliade, . : . %e +, lorsqu'on la voit La Discorde en sourit , et, les suivant des yeux, ok ee De joie , en les voyant, pousse un cri dans les cieux. ce us Encor toute noire de crimes, ua Sortant des Cordellers pour aller aux Minimes. . a de x

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4 Boileau s'est rappelé le lit du diru du sommeil, dans la . métamorphose de Céyx et d'Alcyone, dans Ovide. Les vers français sont ici d'une souplesse, d’une douceur extrêmes , et d'une perfection désespérantc ; et Boileau y donne l'exemple de cette variété de tons qu'il recommaude dans son Art poë tique.

ce rapprochement des extrêmes, cette manière ingénieuse de faire sentir que les grandeurs sont relatives , et que les passions ézalisent tons les intérêts; cette manière , dis je, qui est le grand art de La Fontaiue , rend l'intervention de la Discorde dans les démêèlés d'uu chapitre aussi plaisante qu'elle est juste.» MABMONTEL.

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