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L'air, qui gémit du cri de l'horrible ie Va jusque dans Citeaux réveiller la Mollesse. C'est là qu'en un dortoir elle fait son séjour ; Les Plaisirs nonchalants folitrent alentour : L'un pétrit dans un coinl'embonpoint des chanoines; L'autre broie , en riant, le vermillon des moines; La Volupté la sert avec des yeux dévots, Et toujours le Sommeil lui verse des pavots ". Ce soir, plus que jamais, en vain il les redouble. La Mollesse, à ce bruit, se réveille, se trouble; Quand la Nuit, qui déjà va tout envelopper, D'un funeste récit vient encor la frapper , Lui conte du prélat l'entreprise nouvelle :
Aux pieds des murs sacrés d'une sainte chapelle, Elle a vu trois guerriers, ennemis de la paix, Marcher à la faveur de ses voiles épais. La Discorde en ces lieux menace de s'accroitre : Demain avec l'aurore, un lutrin va paroitre, : Qui doit y soulever un peuple de mutins.
Ainsi le Ciel l'écrit au livre des destins.
A ce triste discours, qu'un long soupir achève,
: La Mollesse, en pleurant, sur un bras se relève, Ouvre un œil languissant, et, d’une foible voix ?, Laisse tomber ces mots, qu'elle interrompt vingt fois : « O Nuit! que m'as-tu dit ? quel démon sur la terre Souffle dans tous les cœurs la fatigue et la guerre ? Hélas! qu'est devenu ce temps, cet heureux temps, Où les rois s'honoroient du nom de fainéants, S'endormoient sur le trône, et, me servant sans honte, Laissoient leur sceptre aux mains où d’un maire ou
[d'un comte.
Aucun soin n'approchoit de leur paisible cour : On reposoit la nuit, on dormoit tout le jour. Seulement au printemps, quand Floredansles plaines Faisoit taire des vents les bruyantes haleines, Quatre bœufs attelés, d’un pas tranquille et lent, Promenoient dans Paris le monarque indolent°. Ce doux siècle n'est plus. Le Ciel impitoyable À placé sur le trône un prince infatisable.
4 La Fontaine, qui avait on culte pour Le summeil, devait beaucoup aimer cette peinture si gracieuse el si neuve alors dans notre langue, que Boileau assouplit ici avecun merveilleux talent.
? Ilyaici un souvouir de Didon mourante, qui :e relève avec effort et cherche à se soutenir pour prononcer quelques paroles qui expirent sur ses lèvres.
3 Les Grerset les Latins, avec les ressources variées de leurs dactytes et de leurs spoudées, et le secours que leur prétsit l'habil: craploi des longues, des brèves, ne seraient pas parve-
"nusprat-etre à mieux imiter La parole indotente de la Mollesse; et méme après avoir lu Esther et Bérénice, on pent douter que Racine eût pouscé jusqu'à ce degré la mélodie et la douceur de ces vers, où pas un mot ne peut b'esser l'oreille et coûter qu. lque prince à prononcer.
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