‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 709 sur 914 · D ARERI TE TR ES · texte numérisé non relu

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Et les nymphes, d'effroi, se cachent sous les eaux.

Au contraire , cet autre, abject en son langage, Fait parler ses bergers comme on parle au village. Ses vers, plats et grossiers, dépouillés d'agrément, Toujours baisent la terre, et rampent tristement. On diroit que Ronsard, sur ses pipeaux rustiques, Vient encor fredonner ses idylles gothiques,

Et changer, sans respect de l'oreille et du son, Lycidas en Pierrot, et Philis en Toinon.

Entre ces deux excès la route est difficile :

Suivez, pour la trouver, Théocrite et Virgile;

Que leurs tendres écrits, par les Grâces dictés, Ne quittent point vos mains, jour et nuit feuilletés. Seuls, dans leurs doctes vers, ils pourront vous apprendre Par quel art sans bassesse un auteur peut descendre, Chanter Flore, les champs , Pomone, les vergers; Au combat de la flûte animer deux bergers,

Des plaisirs de l'amour vanter la douce amorce, Changer Narcisseen fleur, couvrir Daphné d'écorce; Et par quel art encor l'églogue quelquefois

Rend dignes d'un consul la campagne et les bois. Telle est de ce poëme et la force et la grâce.

D'un ton un peu plus haut, mais pourtant sans audace, La plaintive élégie, en longs habits de deuil,

Sait, les cheveux épars, gémir sur un cercueil ; Elle peint des amants la joie et la tristesse,

Flatte, menace, irrite, apaise une maitresse. Mais, pour bien exprimer ces caprices heureux, C'est peu d’être poëte : il faut être amoureux.

L'ode, avec plus d'éclat et non moins d'énergie, Eleyant jusqu'au ciel son vol ambitieux, Entretient, dans ses vers, commerce avec les dieux. Aux athlètes, dans Pise, elle ouvre la barrière, Chante un vainqueur poudreux au bout de la carrière, Mène Achille sanglant aux bords du Simois,

Ou fait fléchir l'Escaut sous le joug de Louis. Tantôt, comme une abeille ardente à son ouvrage, Elle s'en va de fleurs dépouiller le rivage;

Elle peint les festins, les danses et les ris;

Vante un baiser cueilli sur les lèvres d'Iris,

Qui mollement résiste, et, par un doux caprice, Quelquefois le refuse , afin qu'on le ravisse.

Son style impétueux souvent marche au hasard;

: On remarqué encore ici un défant de proportion en're l'importance du sujet et le nombre des vers, qui est de trentesept. L'auteur met sur le mème rang Théocrite et Virgile, dont le dernier n'est presque point un poëte bucolique, et n'a que

rarement la naïveté du genre. H n'y a rien de moins pas-

toral que l'églogue où Virgile, faisant sa propre critique à son insu , a voulu rendre la campasne et les bois dignes d'un consul.

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Chez elle un beau désordre est un effet de l’art.

Tout poëme est brillant de sa propre beauté.

Le rondeau , né gaulois, a la naïveté.

La ballade, asservie à ses vieilles maximes, Souvent doit tout son lustre au caprice des rimes. Le madrigal , plus simple et plus noble en son tour, Respire la douceur, la tendresse et l'amour.

L'ardeur de se montrer, et non pas de médire, Arma la vérité du vers de la satire,

Lucile le premier osa la faire voir,

Aux vices des Romains présenta le miroir, Vengea l'humble vertu de la richesse altière, Et l'honnète homme à pied du faquin en litière.

Horace à celte aigreur mêla son enjouement «

On ne fut plus ni fat ni sot impunément;

Et malheur à tout nom qui, propre à la censure, Put entrer dans un vers sans rompre la mesure”. Perse, en ses vers obscurs, mais serrés et pressants, Affecta d'enfermer mojns de mots que de sens *.

Javénal, élevé dans les cris de l’école,

Poussa jusqu'à l'excès sa mordante hyperbole. Ses ouvrages, tout pleins d'affreuses vérités, Étincellent pourtant de sublimes beautés :

Soit que sur un écrit arrivé de Caprée,

Jl brise de Séjan la statue adorée ;

Soit qu'il fasse au conseil courir les sénateurs 4. D'un tyran soupçonneux pâles adulateurs.

{ La rapiilité, la concision de ce passage sur l'ode, rend jlus sensible la prolixité de Boileau sur l'églogue et l'idylle. Un souvenir des chœurs grecad'Eschyleet de Suphocle, quelques traits sur la sublime poésic de la Bible, remplaceraicot avec avantage ce que le morceau précédent paraît avoir de trop. Après l'ode, qu'it caractérise d'une manière admirable , Boileau arrive, par une assez longue transition, au sonnet , qu'il décrit en quinze ver exrellents, ce q'ii est beauconp trop. Le poëte a eu le malheur de terminer sa tirade par ce vers :

Ua sonuet sans défaut vaut seul un long poëme:

mais , de son temps, le sonnet était dans la plus hante estime ; et l'Italie, avec laquelle nons avions a'ors un commerce littéraire assez intime, possède effectivement quelques sounets sublimes.

3 Ce médiocre éloge ne fait pas du tout connaître l'esprit délicat , l'abandon inimitable et la grâce si parfaite d'Horace. Les deux derniers vers du portrait sont inutiles, vagues et sins aucun prix.

s Perse a quelques traits profonds et sublimes qui suffralent seuls pour faire vivre sa mémoire.

4 On ne saurait mieux peindre Juvénal ; les vers de Boileau sur le Tacite de la satire ont eté gravés pour la po:térité avec le burin d'un grand maître.

C'est surtout à ce second chant que s'anpliquent ces paroles de Marmontel: « Boileau définit les genres de poésie, à com-

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