ÉCRAN STI TES ITS ITS
Gilbert (Nicolas-Joseph-Laurent), naquit, en 1751, à Fontenay-le-Chäâtean, auprès de Remiremont. Ses parents, quoique sans fortune, lui donnèrent une brillante éducation ; c'était le seul patrimoine qu'ils pussent lui léguer. À quatorze ans, Gilbert avait achevé ses humanités. Né avec une âme ardente, il se sentit de bonne heure
la passion de la gloire, et voulut y arriver en cultivant
ses dispositions précoces pour la poésie. Dans ce dessein, il vint de Lyon à Paris à pied, n'ayant pour toute fortune que deux lettres de recommandation adressées à d’Alembert. Le philosophe promit de s'intéresser à son sort; mais il paraît n'avoir pas tenu ses promesses. De là sans doute la colère que conçut contre les coryphées du parti philosophique le malheureux jeune homme, qui, n'ayant pas d'asile, se vit réduit à coucher pendant trois nuits près du corps de garde de la statue de LHenuri IV. D'Arnaud et Fréron, ayant reconnu d'heureuses dispositions dans Gilbert, vinrent à son secours. Le début poétique révéla, par quelques éclairs de talent, un homme né pour la poésie; cependant son ode sur le Jugement dernier, destinée au concours de l’Académie française, fut à peine remarquée, malgré des beautés du premier ordre , dont quelques-unes touchent au sub'ime. La pièce avait des défauts, et d’ailleurs le sujet n'était pas à l'ordre du jour dans le sénat littéraire ; mais bientôt deux satires mirent le poëte en lumière et soulevèrent contre lui un violent o‘age. Jeune, sans expérience , sans autorité, trop peu riche d'instruction, l'auteur avait le tort d’assimiler en quelque sorte aux Cottins de Boileau des hommes aussi émiuents que d’Alembert et Thomas.
Mais, si Gilbert attaquait avec tant d'injustice et d'imprudence les renommées du temps, et même celle de Voltaire, auprès duquel il n'était qu'un pygmée, on ne saurait nier que la satire morale n'avait point encore fait entendre chez nous, avant lui, des accents pareils aux siens, et que le poëte indigné ne semblät frémir de colère comme Lucile armé du glaive contre les vices de son temps. Ces succès ne donnaient pas de pain au pauvre Gilbert : l'archevêque de Paris, M. de Beaumont, qu'il avait loué quelquefois , et qui estimait en lui un adversaire des philosopbes, lui fit un don de vingt-cinq louis, et obtint en outre, pour son protégé , une pension de douze cents livres. Gilbert ne jouit pas longtemps de ces justes libéralités ; sa tristesse naturelle, l'adversité, la révolte de l'orgueil du talent méconnu ou mal récompensé , une chute de cheval, qui nécessita l'opéralion du trépan, le conduisirent aux portes du tombeau. Dans un accès de délire, il avala une clef de secrétaire , elle s'arréta dans l'œsophage ; il mourut vingt-quatre heures après cet actident, au mois de novembre 1780. Gilbert n'égale ni Juvénal ni Boileau, il avait beaucoup de défauts à corriger pour arriver à la perfection du style de son maitre ; mais il s’est placé à côté de lui, et quelquefois au-dessus, par d’admirables inspirations. I pouvait s'élever au premier rang parmi les poîtes satiriques. Gilbert a, dans l'ode sur le Jugement dernier et dans celle contre l'Angleterre après la bataille d'Ouessant, des traits de la plus heureuse audace. Ses adieux à la vie laissent de lui le plus touchant souvenir.