‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 731 sur 914 · GILBERT · texte numérisé non relu

GILBERT

’AÏ révélé mon cœur au Dieu‘de l'innocence :

Il a vu mes pleurs pénitents ; Il guérit mes remords, il m'arme de constance :

Les malheureux sont ses enfants.

Mes ennemis, riant, ont dit, dans leur colère : « Qu'il meure, et sa gloire avec lui ! »

Mais à mon cœur calmé le Seigneur dit en père : « Leur haine sera ton appui.

» À tes plus chers amis ils ont prêté leur rage : Tout trompe la simplicité ;

Celui que tu nourris court vendre ton image, Noire de sa méchanceté.

s Mais Dieu t’entend gémir, Dieu vers qui te ramène Un vrai remords né des douleurs ;

Dieu qui pardonne enfin à la nature humaine D'être foible dans lesmalheurs.

n J'éveillerai pour toi la pitié, la justice

De l'incorruptible avenir ; Eux même épureront , pat leur long artifice, Ton honneur, ‘qu'ils pensent ternir. »

Soyez béni, mon Dieu ! vous qui daignez me rendre L'innocence et son noble orgueil ;

Vous qui, pour protéger le repos de ma cendre, Veilerez près de mon cercueil!

Au banquet de la vie, infortuné convive, J'apparus un jour, et je meurs :

Je meurs, et sur ma tombe, où lentement j'arrive, Nul ne viendra verser des pleurs. |

Salut, champs que j'aimois, et vous, douce verdure, Et vous, riant exil des bois!

Ciel, pavillon de l'homme , admirable nature, Salut pour la dernière fois!

Ah! puissent voir longtemps votre beauté sacrée : Tant d'amis sourds à mes adieux !

Qu'ils meurent pleins de jours, que leur mort snit pleuré, Qu'un ami leur ferme les yeux!

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