‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 742 sur 914 · JÉS · texte numérisé non relu

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garder une sorte d'indépendance qui venait de son talent, il ne vécut que pour son art. Malheureux, par sa faute, avec une épouse jeune, instraite et belle, qui fut obligée de se séparer de lui, quelquefois réduit presque à l'indigence , il se consola de tout par la poésie, la passion de la gloire, et l'espoir de l’immortalité, dont il plaçait lui-même les couronnes sur sa tête. Le Brun eut et mérita beauconp d'ennemis par l'irascibilité du caractère et l'humeor satirique qui lui dictait à tout moment de sanglantes épigrammes ; il eut sassi beaucoup d’admirateurs, parmi lesquels il faut citer de très-grands seigneurs et le comte d'Artois lui-même , qui applaudissait avec chaleur aux plus grandes témérités du poête ; son enthousiasme et son débit faisaient tout passer ; et peut-être les auditeurs se disaient : c'est un poëte, il est fou! Le Brun avait été nommé membre de l'Institut au moment de la formation de ce corps célètre. Le Bruu mourut le 2 septembre 1807. A celte époque, Chénier pronvnçs, sur la tombe de uotre vieux Pindare, un discours que l’on peut citer comme un modèle de mesure, d'éloges judicieux et de respect de toutes les convenances.

Le Brun avait reçu de la nature des dons précieux qu'il avait fécondés par un travail à la fois patient etchaleureux, par le commerce assidu de l'antiquité, ainsi que par une élude continuelle de nos célèbres écrivains. Il appartenait à l'école de Boileau comme Jeau-Baptiste ; à celle de Racine le père par une estime profundément sentie et par les traditions. du fils de ce grand poëte. Le Bruo se donnait aussi pour un disciple de Malherbe et de Marot: mais, quoiqu'il sit quelquefois reproduit avec quelque bonbeur ce dernier, il ne parait avoir ni assez connu, ni assez goûté nos anciens poêtes, qui auratent donné d’utiles conseils à sa muse, et corrigé peut-être plusieurs vices de sa manière. Le Brun possède à un haut degré l'enthousissme et l'inspiration; il aspirait à ètre le poêle de la liberté parmi nous, et il l'a quelquefois chantée en vers élincelants de verve et d’harmonic. Il offre souvent des beautés du premicr ordre, mais aussi des défauts graves

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