‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 746 sur 914 · CHANT VIT · texte numérisé non relu

CHANT VIT

Diss le centre éclatant de ces orbes immenses , Qui n'out pu nous cacher leur marche et leurs distances.

Marie-François Arouet de Voltaire naquit à Paris, le 20 février 1694, de François Arouet, ancien notaire au Châtelet, et trésorier de la chambre des comptes. Il était d’ane si faible complexion lorsqu'il vint au monde, que , pendant plusieurs mois, on désespéra de sa vic. Comme Ovide, il bégaya des vers au sortir du berceau. Placé au collége Louis-le-Grand pour y faire ses études, il obtint les plus brillants succès. Ses maîtres de rhétorique furent deux jésuites , le père Le Jai et le père Porée. Le premier osa lui prédire assez durement qu'il serait le porte-ensrigne de l'incrédulité. Jeune écolier de douze aus, il écrivait en prose et en vers avec une facilité, et surtout avec une hardiesse d'esprit et un penchant à la satire qui étonnaient tout à la fois ses condisciples et ses professeurs. Il était encore au coliége lorsque l'abhé de Châteauneuf, son parrain, l'introduisit chez Ninon de Lenclos, qui, charmée de ses dispositions , lui légun, par testament, une somme de deux mille livres pour acheter une bibliothèque. En 1712, il concourut sans succès pour un prix de poésie de l’Académie française ; la pièce d'un abbé fut couronnée. Arouet se consola de ce triomphe d'un rival par des épigrammes. Bientôt il s'attacha au marquis de Châteauneuf, en qualité de page, et l'accompagua dans l'ambassade à La Iaye. Revenu dans sa famille, il se vit forcé d'entrer chez un procureur ; il en sortit pour aller passer quelque temps à la terre de Saint-Ange, où, en écoutant les récits pleins d'enthousiasme de M. de Caumar.in le père, il conçut l'idée de la Henriade et du Siècle de Louis XIV. Ce vieillard avait fréquenté, dans sa jeunesse, des seigneurs de la cour de Henri IV. On attribua au jeune poête ane partic des Philippiques, etune mauvaise pièce de vers intitulée les J'ai vu ; et pour ces méfaits le régent l'envoya à la Bastille, où il resta une année. C’est dans la captivité qu'il composa la Henriade ; comme il n'avait ni encre ni papier, il écrivit une partie de son poëme , avec du charbon, sur les murs , ou, avec la pointe d'une épingle, sur le plomb des vitres. Sa trogédie d'OEdipe, qu'il avait commencée à dix-huit ans, fut jouée avec un succès qui surpassi ses espérances : le duc d'Orléans assistait à la première représentation; il témoigna hautement sa satisfaction. On savait alors que le jeune Arouet n'était pas l'auteur de les J'ai vu. Le régent, convaincu de son innocence,

Luit cet astre du jour, par Dieu niême allnmé, Qui tourne autour de soi, sur son axe enflamimé. De lui partent sans fin des torrents de lumière ;

11 donne , en se montrant, la vie à la matière,

Et dispense les jours, les saisons et les ans,

À des mondes divers autour de lui flottants.

Ces astres, asservis à la loi qui les presse, S’attirent dans leur course, et s'évitent sans cesse ; Et, servant l'un à l'autre et de règle et d'appui, Se prètent les clartés qu'ils reçoivent de lui. Au-delà de leur cours, et loin dans cet espace

Où la matière nage , et que Dieu seul embrasse, Sont des soleils sans nombre et des mondes sans fin. Dans cet abime immense il leur ouvre un chemin. Par-delà tous ces cieux, le Dien des cieux réside '.

le rendit à la liberté et lui accorda une gratification. On connaît le remerciement spirituel de Voltaire, qui rentra en grâce auprès de son père. Quelque temps après, sur d'injustes soupçons , il fut exilé de Paris, il obtint cependant la permission d'y revenir pour faire représchter sa tragédie d'Artémire, qui ne réussit pas. L'auteur malheureux partit pour Bruxelles, en compagnie de madame de Rupelmonde. Il s'empressa d'aller voir l'infortuné J.-B. Rousseau, le plus célèbre de nos poëtcs lyriques , banni de la Frauce à perpétuité. Une conversation suffit pour élever entre eux une antipathie qui ne devait jamais s'éteindre. De retour à Paris, Veltaire fit jouer Marianne, sujet mal choisi, mais traité de manière à mériter des éloges. Un mauvais plaisant fit tomber la pièce à la première représentation : c'était la veille des Rois ; au moment où la reine prend la coupe empoisonnée , une voix sortie du parterre s'écria : /a reine boit! Un jour, que Voltaire dinait chez le duc de Sully, il reçut une insulte si grossière du chevalier de Rohan Chabot, qu'il le provoqua en duel. Le combat n'eut pas lieu ; et le p'ébéien offensé alla passer encore six mois à la Bastille. Ce fut vers ce temps-là que notre poëte se fit appeler Voltaire, espérant, disait-il, être plus heureux sous un nouveau nom que sous celui d'Arouct. Les chagrins qu'il éprouvait en France , et plus encore son amour pour la liberté de penser et d'écrire, le décidèrent à passer en Angleterre. Il ÿ relit entièrement son poëéme de {a Ligue, et le publia, en 1726, sous le titre de la Henriade. Le roi Georges I:" lui fit présent de deux mille écus , et la reine accueillit avec bienveillance la dédicace d’un ouvrage que l'envie attaquait chez nous dans cent libelles plus ou moins odieux. Le séjour de l'auteur à Londres devint la première source de la richesse qu'il dut à d’heureuses spéculations commerciales el au pro-

4 On pent comparer tonte cette riche peinture du soleil aux magaifiques vers de Driille sur le même sujet, donsle scptième chaut du Paradis perdu, de Milton, qu'il traduit ici avec une magnificence de poésie digne de l'original: mais peut-être ni l'Homère anglais ni son interprète v'ont-ils rien d'égal à ce vers, subline et simple comme certrains traits de Moise :

Por delà tons ces civux le dieu des cieux réstde,

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