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«“ Est-ce toi, Belzébuth? est-ce toi? mais, que dis-je? De ta grandeur première où trouver un vestige? Qu'est devenu l'éclat de ce front radieux
Dont la loire éclipsait les chœurs brillants des cieux? De quel comble de gloire , en quel gouffre effroyable Nous a précipités ce maître impitoyable !
Que son foudre vengeur fut terrible pour nous! Eh! qui pouvait prévoir les traits de son courroux ? Mais le coup qu'il porta, celui qui nous menace,
: Ne peut au repentir abaisser mon audace ;
Si mes traits sont changés, mon âme ne l’est pas; Il connaîtra ce cœur, il connaîtra ce bras
Qui, lassé d’une vile et lâche obéissance,
Disputa l'empyrée à sa toute-puissance,
L'attaqua dans sa gloire , et rangea sous ma loi Tous ces fiers chérubins conjurés contre moi.
Ne les a-t-il pas vus, unis sous mon enseigne,
Me choisir pour leur maître, insulter à son règne, Opposer à ses feux leurs brôlants tourbillons, Contre ses bataillons armer leurs bataillons, Répondre à son tonnerre, et vaincus avec gloire, Dans un combat douteux balancer la victoire ?
En vain le sort a fait triompher son pouvoir :
Le combat est perdu , mais non pas notre espoir. Il vit encore en moi, cet espoir indomptable;
J'ai pour moi ma fureur, ma haine insurmontable ; Ni danger, ni revers ne peut me l'arracher,
Au sein de son triomphe elle ira le chercher.
D'un revers passager notre audace est punie ;
Mais un enfant des cieux n'est point né pour mourir.
Il peut être vaincu, mais il ne peut périr.
Imprudent ! il nous fit des âmes immortelles,
Eh bien ! livrons-lui donc des guerres éternelles. »
Delille (Jacques) naquit, le 22 juin 1758. à Aigucperse, en Auvergne ; fils naturel de M. Monlausier , avocat, il ne connut point son père , et n’entrevit qu’un moment sa mère, qui ne se révéla que tard à lui dans une entrevue mystérieuse. Pauvre et sans ressource, il passa d'une école de village au collège de Lisieux, où il compta toutes ses années par des succès. Au sortir de ses humanités , il fut réduit à accepter une classe élémentaire au collége d'Amiens, où heureusement il trouva l'excellent et vertueux Thom:s, qui lui donna les premitres leçons de poésie. Devenu professeur au co'lége de la Marche, à Paris, il travaillait à la traduction des Géorgiques : Racine le fils, qui avait cru cetie traduction impossible eu français, encouragea le jeune téméraire après avoir entendu son début. Les Géorgiques parurent en 1:69; et dès ce moment l'auteur eut une réputation. Voltaire et Frédéric II donnèrent le signal de l'edmiralion pour cet ouvrage. A la sollicitation du philosophe de Ferney, les portes de l'Académie française s'ouvrirent pour Delille, dont la réception jeta beaucoup d'éclat sur lui. Bientôt les Jardins obtinrent un succès de vogue à
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En voyant ce désert, cette terre flélrie,
«a Voilà donc, dit Satan , ma nouvelle patrie !
Quel climat ! quel séjour ! C’est pour ces tristes lieux Que nous avons perdu la lumière des cieux!
Eh bien! je suis content; j'accepte mon partage, Puisque de l'oppresseur dont nos maux sont l'ouvrage La force fait les droits : grâce à ces droits affreux, Heureux qui loin de lui sait être malheureux! Asservis par la force, égaux par la nature, Saclions ou supporter ou venger notre injure. Adieu ! champs de lumière! adieu, séjour de paix ! Et vous, d'un fils du ciel effroyable palais,
Salut, séjour d'effroi! salut, terribles ombres! Noir enfer, ouvre-moi tes gouffres les plus sombres. J'embrasse vos horreurs, lieux terribles! Et toi, Empire ténébreux , accepte aussi ton roil
Eh! qu'importe une terre ou riante ou maudite? Ce ne sont pas les lieux, c'est son cœur qu'on habite : Le cœur, de notre sort cet arbitre éternel,
Fait du ciel un enfer, et de l'enfer un ciel,
Me plonge encore plus bas, Ô monarque suprême ! Tous les lieux sont égaux, lorsque l’âme est la même. Viens, jet'apporteun cœurque rien ne peut changer, Ni les lieux, ni les temps, ni tourment, ni danger. Reçois un malheureux qui se résout à l'être, Qu'indizne le pardon, et que révolte un maître.
Je suis libre ici bas ; c'est assez : j'aime mieux
Un trône dans l'enfer que des fers dans les cieux. Eh! qui peut m'envier l'horreur qui m'environne ? Quel front pourrait tenter ma brülante couronne ?
Paris et à la cour. La reine, le comte d'Artois, voulaient, comme tout le monde, les entendre lire au poëte qui avait une magie étonnante dans le débit. Au moment des événements de 1789, la gloire et la fortune environnaient Delille ; la première resta fidèle, mais la seconde s’enfuit. Delille eut le bonheur de passer sans péril nostemps d'orage ; il y fut mème protégé par des révolutionnaires qui admiraient le poëte et ne pouvaient haïr l'homme; son beau dithyramdhe sur l'mmortalité de l'âme date de celte époque. Après le 9 thermidor, Delille quitta Paris et ensuite la France. Rappelé dans son ;pays par les plus honorables suffrages , recherché de tout le monde, accucilli par Bonaparte , alors dans tout l'éclat de sa g'oire, il fit paraitre successivement la traduction de l'Enéide, le poëme de la Pitie, les Géorgiques francaises, la traduction de Millon, le poëme de l’Imagination et celui des Trois Régnes. En ce moment , sa réputat'on, exaltée par les journaux, éclipsa toutes les autres. Les passions d’avtrui lui firent des ennemis qu'il ne voulait pas avoir , et qu'il désarm a ensuite par les grâces de son commerce et le charme de son caractère, exempt de toute jalousie
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