‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 753 sur 914 · FÉES FES · texte numérisé non relu

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comme de toute injustice. En 1811, il me choisit pour son remplaçant au collége de France, et me présenta luimème en celte qualité à ses nombreux auditeurs, au milieu desquels il vint plus d'une fois recevoir, à côté de moi , dans sa chaire, des ovations littéraires. Les jeunes gens étaient dans le délire enl'écoutant, Madame Delil'e, qui avait prolongé de vingt ans peut-être les jours du poëte, ne put le sauver des suites d’une paralysie; le {cer mai 1812, il s’éteignit doucement entre les bras de cette épouse chérie, que nous soutenions pendant les angoisses de la plus cruelle des douleurs. Delille fat exposé, par mes soins, au vollége de France, sur un lit de parade ; vetu de ses habits ordinaires , le visage découvert, une couronne de lauriers sur la tête, il reçut pendant trois jours ua tribut de respects et de regrets : le peuple vint saluer l'illustre mort. Le jour des funérailles , la jeunesse deséco!es se disputa l'honneur de porter son cercueil; tous les corps de l'état, tous les amis des sciences, des arts et des lettres l'accompagnèrent jusqu'au cimelière du Père La Chaise, où son épouse lui a fait élever un monument. Delille était le plus spirituel , le plus ingénu, le plus malin, le plus aimable ct le meilleur des hommes.

La traduct'on des Géorgiques forme à elle seule un titre de gloire; son Énéide, semée de beaulés du premier ordre , et plus nombreuses qu'on ne pense, est encore ua monument, malgré des imperfections reconnues ; sa traduction de Milton, écrite en vers par un homme aveugle et âgé de plus de soixante ans, passe pour un prodige mème aux yeux des Anglais. Si le poëme de l’Imagina

tion nous venait de l'antiquité, nous en parlerions avec enthousiasme , car l'auteur y à déployé tous les genres de talent poétique. Muis la reconnaissance et l'amitié ne

peuvent m'empécher d'avouer les reproches que la criti-

que adresse à Delille. Il manque de composition et d'ordonnance, il ne sait pas faire un ensemble dont toutes les parties s’enchainent avec art; son style, souvent digne des plus grands maitres, qu'il surpasse quelquefois par la richesse des couleurs et le charme d'une harmonie naturelle et savante , n’a point d'abandon et de naïveté; il offre aussi des défauts graves et d'autant plus con(agieux qu'ils sont brillants comme ceux de Pope. 11 faut lire Delille , l'étudier, jouir de la magie de ses vers, mais ne pas imiter sa manière et suivre sa dangereuse école.

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