‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 776 sur 914 · DÉSESPOIR DE NÉRON · texte numérisé non relu

DÉSESPOIR DE NÉRON

E l'univers entier je me vois repoussé ‘!

Me voilà seul, portant la haine universelle!

Puisse-t-on ignorer le lieu qui me recèle !

AQu'au moins mes jours sauvés! Dois-je

N'avoir d'autre palais que ces caveaux affreux, D'autre cour que leur deuil, leur silence et | leur ombre, Et ne voir d'autre jour que cette clarté sombre ! Ah! cette vie horrible est semblable au trépas !.… Où suis-je ? un songe affreux... Non, non, je ne dors pas. De mon cœur soulevé c'est un secret murmure ; Je m'entends appeler meurtrier et parjure ; Je le suis... Mais quels cris! quels lugubres accents! Uue sueur mortelle a glacé tous mes sens. | Ne me trompé-je pas ? je crois voir mes victimes.

Legouvé (Gabriel-Marie-Jean-Baptistc) naquit à Paris, le 25 juin 1764. Rien ne fut négligé pour son éducation. Jeune encore , il publia une héroïde assez fsible d'’invention et de poésie, imitulée :la Mère des Brutus à son mari revenant du supplice de ses fils. La Mort d'Abel, la première {ragédie de Legouvé, traduite presque littéralemeut de Gessner , fut jouée en 1792. Le rôle de Caïn est souvent plein d'une sauvage énergie. Épicharis et Nérou, deux ans après, enleva tous les suffrages du public. J'ai vu Talma produire un effet terrible dius le désespoir de

1‘ C'est Néron qui parle.

former ces vœux? :

Je les vois : les voilà... Du fond des noirs abimes S'élancent jusqu'à moi des fantômes sanglants :

Ils jettent dans mon sein des flambeaux, des serpents, Je ne puis me soustraire à leur troupe en furie…. Arrêtez... Est-ce toi, vertueuse Octavie?

Tu suis contre Néron un trop juste transport. Qu'oses-tu m'annoncer !.… Ah! je t’entends!... la mort! La mort! Tu viens aussi me l'apporter, mon frère 1... Mais que vois-je, grands dieux! Agrippine! ma mère! Tous les morts aujourd’hui sortent-ils du tombeau ! Meurs! meurs: criez-vous tous... Quel supplice nouveau ! Contre moi l'univers appelle la vengeance,

Et la tombe elle-même a rompu son silence!

Je n’en peux plus douter, la mort, la mort m'attend : Eh! comment soutenir ce redoutable instant ?

Néron, qui, caché sous un habit d'esclave et retiré dans une cavcrue, invoquait la mort pour échapper au décret du sénat. Robespierre assistait à la représentation. Quintus- Fabius fut également applaudi ,en 1795. L'auteur donna plus tard, authéâtre Louvois, la tragédie de Laurence, qui ne reçut qu'un froid accueil du public, et n'a jamais été imprimée. Éléocle et Polynice (1799) offre de bel:es scènes ; le dénoûment est tiré d'Alfieri et du roman des Pé-

.fitents noirs. La sixième et dernière tragédie de Legouvé,

la Mort de Henri 1V (juin 1806), fut en même temps l'objet de criliques et d’éloges exagérés. Malgré les conseils du vénérable Ducis, Legouvé abandonna la carrière dra-

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matique , sans pour cela déserter le culte des muses. Il écrivit divers poëmes , tels que Les Souvenirs, La Mélancolie, les Sépultures et le Mérite des Femmes. Ces deux deruiers ouvrages, mais surtout le dernier, obtinrent un succès qui se soulient encore aujourd'hui. Les autres ouvrages de l'auteur sont : Doria, drame lyrique (musique de Méhul) , en collaborationavec M. d'Avrigny; quelques portions de vaudevilles, des épigrammes, l'Énéide sauvée,

FRAGMENT

LA VOIX DE DIEU

Cire

CAIN

J'entends mon noin !

LA VOIX DE DIEU

Qu'as-tu fait de ton frère ?

CAIN

Tout va prendre une voix pour me le demander ! Abel!….

LA VOIX LE DIEU

Qu'en as-tu fait ?

| CAIN

Devais je le garder ?

LA VOIX DE DIEU

Eh ! quel est donc ce sang qu'a versé ta furie ?

CAIN

Je ne sais.

LA VOIX DE DIEU

Jusqu'à moi ce sang s'élève et crie.

Caïn, entends l'arrèt du premier assassin.

Toujours tu croiras voir expirer sous ta main Ton frère, qu'a frappé ta haine criminelle.

Tes membres frémiront d'une horreur éternelle ; De déserts en déserts tu vas porter tes pas.

Ma malédiction ne te quittera pas.

Des traits de sang , écrits sur ton front homicide, Diront à tous les yeux : « Voilà le fratricide; » Et les mortels fuiront, à ta vue effrayés, Loin dn sentier maudit où poseront tes pieds.

MÉHALA.

Quel arrêt rigoureux |

ÉTERRS FRS TS EST ART ETS LE TETIS LIRE TI SSII LI ESS 111111111111:

poëme inachevé, et des poésieslégères. Lrgouré eut toujours upe santé chancelante : sa raison était en outre considérablement affaiblie depuis une chute grave qu'il avait faite dans le parc de madame de Parny. Après cet accident, il traina encore pendant deux années sa pénible existence, et mourut le 50 août 1812. 11 avait été quelque temps directeur du Mercure, et l'un des collaborateurs des Veillées des Muses et de la nouvelle bibliothèque des romans.

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