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Ou mort nous desavancera; Li tens qui toute a la baillie Des gens viellir, l'avoit viellie.
Guillaume de Lorris, qui le premier entrepritleroman de la Rose, était de la petite ville de Gatinais dont il portait le nom. 11 vivait au milieu du treizième siècle, et mourut vraisemblablement en 1260 ou 1262. Cet ouvrage dont il n’a fait que les quatre mille cinq cent cinquante premiers vers, annonce un poûte. On ne trouve pas seulement en lui une versification facile, une imagination brillante et féconde, mais encore du naturel, de riches descriptions, des peintures de mœurs, et des maximes de morale ; mais il ne faut pas attendre de l’auteur, l'élévation, l'élégance et l'harmonie dont le seizième siècle avait tenté de ravir le secret aux anciens pour porter la poésie française au point de perfection que le dix-septième siècle devait seul atteindre. Le style de l'ouvrage, avec sa simplicité quelquefois un peu nue, représente assez bien le laugage de l’époque, mais on y sent une espèce d'uniformité qui dégénère en monotonie.
Clément Marot appelait Guillaume de Lorris l'Ennius francais.
Jean de Meung , surnommé Clopinel , parce qu'il était boiteux, vint après Lorris. Il avait plus de chaleur et d'éclat, ilétait meilleur poële , et passait encore pour l'un des plus savants homines de son temps. Les nombreuses beautés du roman de la Rose, qui lui tomba entre les mains, excitèrent son admiration et l'engagèrent à contipuer l'ouvrage de Lorris. Ille fit avec tant de succès, que ce livre si estimé de nos pères, malgré ses nombreux défauts , sa prolixilé, ses contes mal amenés, ses excursions hors du sujet , est encore goüté par des curieux qui ont le temps de le lire, et acquis la facilité de l'entendre dans son vieux langage.
Jean de Meung fit les délices de la cour de Philippe-le- Bel par les agréments de son esprit qui lui dounaient entrée partout. Quoique satirique et n'épargnant personne, il se vit accueilli des dames qu'il savait amuser par ses vives saillies , et l’'enjouement qu'il répandait dans la conversation. On prétend que de Meuug était moiue ; cette assertion est peu croyable , à en juger par cerlaines libertés qu'il a prises quelquefois dans son roman.
On dit commnnément que Jean de Meung fit ce roman en 1300 ; mais au moios trouve-t-on des preuves, dans son ouvrage même, qu'il était fait avant 1305.
Ce livre n'est pas seulement un roman d'amour : il est encore satirique, ilest moral , et peu s’en faut même qu'il ne soit aussi roman de chevalerie. Mais les exploits militaires , qui n’y entrent que comme des incidents, ne sont point assez fréquents pour lui mériter ce titre.
Voici ce qu'a écrit, de ce livre singulier , son dernier éditeur, M. Méon :
« Cet ouvrage, à son apparition dans le monde, fut diversement apprécié. Critiqué par les uns avec acharnement, il fut loué par les autres jusqu’à l’excès. Sous prétexte qu'il tendoit à la corruption des mœurs, les religieux se firent un devoir de le décrier ; les prédicateurs fulminèrent , du haut de leurs chaires, des anathèes contre le livre et contre les auteurs. Les femmes, de leur côté, qui se pluignoient d'y avoir été maltraitées, ne cessoient de crier vengeance. Les admirateurs du Roman de la Rose, au contraire, soutenoient que cet ouvrage devoit opérer une réforme dans les mœurs. Les alchimistes y cherchèrent et prétendirent y avoir trouvé le secret du grand œuvre; d’auires, non moins superstitieux, crurent y découvrir une espèce de théologie morale qui renfermoit des mystères sacrés , dont eux seuls avoient la clef. Eu uu mot, il n'est pas d’absurdités que ces derniers n'aient débilées pour donner un sens forcé à l'explication d'une allégorie qui n'en avoit pas besoin. Le véritable but de Guillaume de Lorris et de Jean de Meung avoit été de faire ua ouvrage de simple agrément , et s'ils avoient eu recours à l'allégorie , c'étoit pour exprimer, par des termes hounètes, des choses que la décence ne permettoit pas de désigner par leur nom.
» Clément Marot nous a donné une édition de ce poëme, qui, de son temps, étloit presque oublié, et dont il rajeupit le langage , que déjà peu de personnes entendoient à cette époque. Ceux qui sont venus après lui ont voulu, à son exemple , faire de nouvelles corrections au Roman de la Rose , et ils l'ont presque entièrement défisuré, sous prétexte de le rendre meilleur. »
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