‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 79 sur 914 · LA BEAUTÉ · texte numérisé non relu

LA BEAUTÉ

dame ot nom Biautés.

EI ne fu obscure, ne brune,

Ains fu clère comme la lune, Envers qui les autres estoiles Ressemblent petites chandoiles.

Tendre ot la char comme rousée, Simple fu cum une espousée,

Et blanche comme flor de lis;

Si ot le vis cler et alis,

Et fu greslete et alignie ;

Ne fu fardée ne guignie,

Car el n’avoit mie mestier

De soi tifer ne d'afetier.

Les cheveus ot blons et si lons Qu'il li batoient as talons ;

Nez ot bien fait, et yelx et bouche.

Moult grant douçor au cuer me touche, Si m'aïst Diex, quant il me membre De la façon de chascun membre, Qu'il n’ot si bele fame où monde.

Briément el fu jonete et blonde , Sade , plaisant , aperte et cointe, Grassete et gresle, gente et jointe.

Cette dame s'appelait Beauté. Elle n'était ni noire ni brune, mais claire comme la lune, à l'égard de laquelle les autres étoiles semblent de petites lumières. Elle eut la chair tendre comme de la rosée ; elle fut simple comme une fiancée et blanche comme une fleur de lys. Elle eut le visage clair et joyeux; elle fut frèle et régulière. Elle n'avait ni fard ni autres appas trompeurs, car elle n'avait pas besoin de s’attifer ni de s'arranger. Ses cheveux étaient blonds et si longs qu’ils lui tombaient jusqu'aux talons. Son nez était bien fait, ainsi que ses yeux et sa bouche. Il me vient une grande joie au cœur quand, avec l'aide de Dieu, je me rappelle ses traits en détail. Il n'y eut jamais plus belle femme au monde. En un mot, elle était jeunette et blonde, gracieuse, agréable, ouverte et polie, grasse et grèle, jolie et bien mise.

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