SYLLA
Cros , Chevaliers, punyifes, sénateurs, Et vous de la patrie illustres défenseurs,
Écoutez : Je vous dois , je me dois à moi-même, De rendre compte ici de mon pouvoir suprême, Et d'exposer, enfin, à vos regards surpris,
Les immenses travaux par moi seul entrepris.
J'ai subjugué le Pont , le Bosphore et l'Épire : Les eaux du Phalaris traversent votre empire ;
La Grèce tout entière est soumise à vos lois,
Et des bords lesbiens j'ai chassé tous les rois.
La chute de Carthage avait ébranlé Rome : | J'ai réparé les maux qu'avait faits un grand homme. Jugurtha fut vaincu, Mithridate est soumis :
Ma fortune a plus fait qu'elle n'avait promis! C'était trop peu pour moi des lauriers de la guerre, Je voulais une gloire et plus rare et plus chère; Rome en proie aux fureurs des partis triomphants, Mourante sous les coups de ses propres enfants, Invoquait à la fois mon bras et mon génie ;
Je me fis dictateur : je sauvai la patrie.
A l'antique sénat je rendis le pouvoir ;
Le peuple mutiné rentra dans le devoir.
Jamais on ne me vit, esclave du vulgaire, Rechercher et trahir cet amour populaire
Où Marius voyait le but de ses travaux.
J'ai peu flatté le peuple, et j'ai guéri ses maux.
Je m’armai contre lui de rigueurs légitimes ;
Au salut de l’état j'immolai des victimes.