‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 789 sur 914 · FRAGMENT D'AGAMEMNON · texte numérisé non relu

FRAGMENT D'AGAMEMNON

Me | UELLX est donc cette épée ' ?

Entre les mains d’Atrée autrefois je la vis; D Egisthe la reçut de son courroux funeste, © Lui-même il me l'a dit, pour immoler Thyeste… KL C'est Egisthe!

ÉGISTHE

Qui ?

AGAMEMNON

Toi!

STROPHUS.

Lui! ÉGISTE.

Ciel qui me poursuis, Je m'abandonne à toi! frappe donc : je le suis. Aussi bien j'étais las d'une telle imposture.

* Agamemaon se levan!.

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STROPHUS.

Eh quoi!

ÉGISTHE

| Dieux!

AGAMEMNON

Tu frémis.

Fruit d’un crime exécrable à toute la nature, Maudit, trainant l'opprobre à ma naissance uni, Dépouillé de mes biens, de mes états banni,

Et dérobant ma tête aux piéges de mes frères Car sous un autre nom tu connais mes misères, Et si je t'abusai, ce n’est pas quand ma voix Accusa les cruels d'envahir tous mes droits.

Si, trahi par les dieux, leur fatale inclémence Pour ma perte avec eux semble d'intelligence, Achève, et punis-moi de ce déguisement

Qui trompa leur poursuite et leur ressentiment ; Punis-moid'avoir cru que, commeun port tranquille, Ta cour, en cet orage, était mon seul asile; Qu'Agamemnon , puissant, vainqueur et généreux, Protégerait lui-même un prince malheureux.

Prends ce fer, verse un sang objet de tant de haines ; Que nos mêmes aïeux ont transmis dans mes veines.

AGAMEMNON

O Ciel! dont la fureur seconde mes travaux, Réserves-tu ma vie à des soucis nouveaux ?

Lorsqu’à peine sanvé des fureurs des tempêtes, La mort, dans chaque flot, a paru sur nos têtes, Après dix ans passés en d'horribles combats

À prévoir, éviter, et donner le trépas,

Ai-je à me préserver de piéges que j'ignore ?

Et dois-je en mes foyers craindre et punir encore.

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Rasseesesteen

A Egisthe.

Qu'oses-tu dire, Égisthe ?.. Ah! peux-tu sanstrembler Attester nos aïeux et me les rappeler ?

N'as-tu donc pas connu l'inimitié fatale,

Par les dieux inspirée au noir sang de Tantale ? Jamais crimes suivis de tels amas d'horreurs, Ont-ils mieux signalé les humaines fureurs ?

Et jamais en des fils les haines paterneiles Ont-elles pu trouver des cœurs aussi fidèles ?

Si d'un piége ennemi tu veux te préserver,

Est-ce dans mes états que tu dois te sauver ? Est-ce en ma cour ? N'as-tu de plus doure retraite? Et pour loi cette enceinte est-elle donc muette ? Les murs de ce palais ne te disent-ils pas

Dans quels tourmens Thyeste y reçut le trépas ; Que mon père , jaloux de venger son outrage,

En tous lieux y marqua les traces de sa rage?

Là, sous les premiers coups de son glaive fumant, Mourut Ærope aux yeux de son coupable amant ; Là, Thyeste , flatté par ses serments perfides,

En crut un faux pardon scellé des Euménides.

C'est là que de ses fils Atrée ouvrit le flanc,

Et du festin c'est là qu'on fit l'apprèt sanglant.

Ce seuil, qu'osa toucher ton pied trop téméraire, Ce seuil même est souillé du meurtre de ton père. Si j'ai cru voir Thyeste et ses crimes en toi, Soutiens-tu mon aspect sans retrouver en moi

Les traits, les traits vivants du redoutable Atrée.

ÉGISTHE, épouvanté.

O ciel!

AGAMEMNON

Epargne-nous une vue abhorrée.

ÉGISTHE , Avec fureur.

Thyeste!... que veux-tu ?

AGAMEMNON

De quel transport soudain.

ÉGISTHE

Le vois-tu, pâle, horrible, et la coupe à la main,

.Lemercier (Népomucène), né à Paris le 21 avril 17714, membre de l'Académie française, poëte aussi précoce que fécond , s’annonça, dès l'âge de seize ans, par une tragédie de Méléagre. Son Agamemnon, qui parut en 1797, excita l'enthousiasme du public et obtint les suffrages unanimes des connaisseurs. Dans une fête publique au Champ-de-Mars, le président du directoire, orgare de l'opinion de l'Institut, proclama cette tragéiie comme le plus bel ouvrage qui eût paru depuis trente ans sur la scène française. Chénier confirme cette opinon dans son Cours de littérature. Novateur hardi, témé-

Celle où son sang versé... Qu'ai-je dit ? je m'égare ! AGAMEMNON.

Ah! cruel, malgré toi, ta fureur se déclare.

ÉGISTHE

Les mânes de mon père, à ta voix révoltés, Ont saisi tout à coup mes sens épouvantés |.

D Égisthe infortuné qu'ordonne ta vengeance?

AGAMEMNON

Qu'il me fuie!

ÉGISTHE

Et quel est son crime ?

AGANEMN\ON.

Sa naissance.

| ÉGISTHE

Les dieux pour le malheur puniront tes mépris.

AGAMEMNON

Les dieux ne s’arment pas pour ceux qu'ils ont proscrits.

ÉGISTHE

Ainsi de leur courroux tu te rends le ministre.

AGAMEMNON

Ainsi, me délivrant de ton aspect sinistre, Et l'ordonnant l'exil, je te laisse échapper Au juste châtiment d'avoir pu me tromper.

ÉGISTHE

Non, une même terre, et mon courroux l'atteste , Ne peut porter les fils d’Atrée et de Thyeste.

AGAMENNON.

Demain, de ton aspect purge donc mes états; Fuis ou tremble.

7 ÉGISTHE

Demain, tu ne m'y verras pas.

raire quelquefois, M. Lemercier compte des succès dans la tragédie , dans la comédie, dans le genre de l'épitre, dans l'épopée. Mais, infidèle au goût, quoiqu'il en ait beaucoup, il a essuyé plus d’une chute au théâtre par des fautes systémaliques, et par l'ambition de la nouveauté qui l'a jeté quelquefois dans la bizarrerie ; et toutefois dans ses ouvrages les moins heureux brillent de belles parties et presque toujours des éclairs de génie. Son Cours analytique de littérature générale à l'Athénée est souvent d'une haute critique, témoins les examens d’.{fthalie et du Tartufe.

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