‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 813 sur 914 · LA SARCELLE · texte numérisé non relu

LA SARCELLE

Encor quelques moments, c'en est fait de ma vie; J'aime mieux expirer que de trembler pour toi. » Disant ces mots, il court, il pleure, Et, s'avançant le long de l'eau, Arrive enfin près du château Où le seigneur du lieu demeure.

Là, notre désolé lapin Se trouve au milieu d'un parterre, | Et voit une grande volière | Où mille oiseaux divers volaient sur un bassin. | L'amitié donne du courage.

Notre ami, sans rien craindre, approche du grillage, Regarde et reconnaît... Ô tendresse! Ô bonheur! La sarcelle. Aussitôt il pousse un cri de joie ; Et, sans perdre de temps à consoler sa sœur, De ses quatre pieds il s'emploie À creuser un secret chemin Pour joindre son amie; et, par ce souterrain, Le lapin tout à coup entre dans la volière, Comme un mineur qui prend une place de guerre. Les oiseaux effrayés se pressent en fuyant.

Lui court à la sarcelle; il l’entraine à l'instant Dans son obscur senüer, la conduit sous la terre ; Et, la rendant au jour, il est prêt à mourir De plaisir.

Quel moment pour tous deux! Que ne sais-je le peindre ! Comme je saurais le sentir!

Nos bons amis croyaient n'avoir plus rien à craindre : Ils n'étaient pas au bout. Le maitre du jardin, En voyant le dégât commis dans sa volière,

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