LE MEUNIER DE SANS-SOUCI
Liu est , dans ses écarts, un étrange problème. Qui de nous, en tout temps, est fidèle à soi-même ? Le commun caractère est de n'en point avoir : Le matin incrédule, on est dévot le soir.
T'el s'élève et s'abaisse au gré de l'atmosphère
Le liquide métal balancé sous le verre.
L'homme est bien variable ; et ces malheureux rois, Dont on dit tant de mal, ont du bon quelquefois. J'en conviendrai sans peine et ferai mieux'gncore : J'en citerai pour preuve un trait qui les honore ; I'est de ce héros, de Frédéric second ;
Qui, tout roi qu'il était, fut un penseur profond, Redouté de l'Autriche, envié dans Versailles, Cultivant les beaux-arts au sortir des batailles, D'un royaume nouveau la gloire et le soutien à Grand roi, bon philosophe et fort mauvais chrétien. IT voulait se construire un agréable asile,
Où, loin de l'étiquette arrogante et futile,
Il pât, non végéter, boire et courir des cerfs, Mais des faibles humains méditer les travers,
Et, mêlant la sagesse à la plaisanterie,
Souper avec d'Argens, Voltaire et Lamettrie.
Sur le riaut coteau par le prince choisi |
S'élevait le moulin du meunier Sans-Souci.
Le vendeur de farine avait pour habitude
D'y vivre au jour le jour , exempt d'inquiétude ; Et, de quelque côté que vint tourner le vent,
Il y tournait son aile, et s'endormait content.
Fort bien achalandé, grâce à son caractère,
Le moulin prit le nom de son propriétaire :
Et des hameaux voisins les filles , les garçons, Allaient à Sans-Souci pour danser aux chansons. Sans-Souci!.… ce doux nom, d’un favorable augure, Devait plaire aux amis des dogmes d'Épicure.
Frédéric le trouva conforme à ses projets,
Et du nom d'un moulin honora son palais.
Hélas ! est-ce une loi sur notre pauvre terre,
Que toujours deux voisins aurontentre eux la guerre: Que la soif d'envahir et d'étendre ses droits Tourmentera toujours les meuniers et les rois ?
En cette occasion, le roi fut le moins sage :
Il lorgna du voisin le modeste héritage.
Andrieux (François-Guillaume -Jean-Stanislas) , né à £ Strasbourg le 6 mai 1759, fit de brillantes études au colà
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On avait fait des plans , fort beaux sur le papier, Où le chétif enclos se perdait tout entier.
11 fallait sans cela renoncer à la vue,
Rétrécir les jardins et Masquer l'avenue.
Des bâtiments royaux l'ordinaire intendant
Fit venir le meunier , et, d'un ton important :
+ Ïl nous faut ton moulin; q'e veux-tu qu'on t'en donne ? —Rien dutont ; carj'entendsnele vendre à personne. I vous faut est fort bon. Mon moulin est à moi. Tout aussi bien au moins que la Prusse est au roi.
— Allons, ton dernier mot, bonhomme, et prends-y garde. — Faut-il vous parler clair? —QOui.—C'est que je le garde :
Voilà mon dernier mot. » Ce refus effronté
Avec un grand scandale au prince est raconté.
Jl mande auprès de lui le meunier indocile , Presse , flatte, promet; ce fut peine inutile : Sans-Souci s'obstinait. « Entendez la raison,
Sire : je ne peux pas vous vendre ma maison ; Mon vieux père y mourut, mon fils y vient de naître: C’est moa Potsdam, à moi. Je suis tranchant peut-être : Ne l'êtes-vous jamais ? Tenez , Mille ducats,
Au bout de vos discours, ne me tenteraient pas.
I faut vous en passer : je l'ai dit : j'y persiste. » Les rois malaisément souffrent qu'on leur résiste. Frédéric, un moment par l'humeur emporté :
« Parbleu ! de ton moulin c'est bien être entêté ;
Je suis bon de vouloir l'enzager à le vendre : Sais-tu que sans payer je pourrais bien le prendre ? Je suis le maitre. —Vous, de prendre mon moulin ? Oui, si nous n'avions pas de juges à Berlin. »
Le monarque , à ces mots , revient de son Caprice, Charmé que sous son règne on crût à la justice , Il rit ; et, se tournant vers quelques courtisans :
s Ma foi, messieurs, je crois qu'il faut ch :nger nos plans. Voisin, garde ton bien: j'aime fort ta réplique. » Qu'aurait-on fait de mieux dans une république ? Le plus sûr est pourtant de ne pas s'y fier.
Ce même Frédéric, juste envers un meunier,
Se permit maintes fois telle autre fantaisie : Témoin ce certain jour qu'il prit la Silésie :
Qu'à peine sur le trône, avide de lauriers,
Lpris du vain renom qui séduit les guerriers
Il mit l'Europe en feu. Ce sont là jeux de prince : On respecte un moulin , on vole une province.
lége du cardinal Lemoine. A dix-sept aus, il avait donné au théâtre la jolie bluette d'Aânazimandre, el un peu p'us
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