SUR LA MORT DE SON FRÈRE
Ma , jouet si longtemps de leur lâche insolence, Proscritpourmesdiscours,proscrit pour monsilence, Seul, attendant la mort, quand leur coupable voix Demandait à grands cris du sang et non des lois! Ceux que la France a vus ivres de tyrannie, Ceux-là même dans l'ombre armant la calomnie, Me reprochaient le sort d'un frère infortuné, Qu'avec la calomnie ils ont assassiné !
L'injustice agrandit une äme libre et fière.
Ces reptiles en vain, sifflant dans la poussière, En vain sèment le trouble entre son ombre et moi. Scélérats ! contre vous elle invoque la loi.
Hélas' pour arracher la victime aux supplices,
De mes pleurs chaque jour fatiguant vos complices, J'ai courbé devant eux mon front humilié ;
Mais ils vous ressemblaient : ils étaient sans pitié. Si, le jour où tomba leur puissance arbitraire,
Des fers et de la mort je n'ai sauvé qu’un frère, Qu'au fond des noirs cachots Dumont avait plongé, Et qui, deux jours plus tard, périssait égorgé ; Auprès d'André Chénier avant que de descendre , J'éleverai la tombe où manquera sa cendre,
Mais où vivent du moins et son doux souvenir,
Et sa gloire, et ses vers dictés par l'avenir.
Là , quand de thermidor la neuvième journée
Sous les feux du lion ramènera l’année,
O mon frère! je veux, relisant tes écrits,
Chanter l'hymne funèbre à tes mânes proscrits.
Là , souvent tu verras, près de ton mausolée,
Tes frères gémissants , ta mère désolée,
Quelques amis des arts, un peu d'ombre et de fleurs, Et ton jeune laurier grandira sous mes pleurs.
Vu espoir! tout s'éteint; lesconquérants périssent; Sur le front des héros les lauriers se flétrissent ; Des antiques cités les débris sont épars;
Sur des remparts détruits s'élèvent des remparts : L'un par l'autre abattus, les empires s'écroulent ; Les peuples entraînés, tels que des flots qui roulent, Disparaissent du monde ; et les peuples nouveaux Iront presser les rangs dans l'ombre des tombeaux ; Mais la pensée humaine est l'âme tout entière :
La mort ne détruit point ce qui n'est point matière ; Le pouvoir absolu s'efforcerait en vain
D'anéantir l'écrit né d'un souflle divin :
Du front de Jupiter c'est Minerve élancée.
Survivant au pouvoir, l'immortelle pensée ,
Reine de tous les lieux et de tous les instants, Traverse l'avenir sur les ailes du temps.
Bravant des potentats la couronne éphémère, Trois mille ans ont passé sur la cendre d'Homère ; Et depuis trois mille ans, Homère respecté
Est jeune encor de gloire et d'immortalité.
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