‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 829 sur 914 · RE RE · texte numérisé non relu

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‘ La méfiance.

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Du pätre qui raconte il écoute l'histoire ;

Il écoute, et s'enfuit, et sans soins, sans désirs, Cache aux hommes qu'il craint ses sauvages plaisirs. Mais s'il se montre à vous, au nom de la nature, Dont sa plume éloquente a tracé la peinture,

Ne l'effarouchez pas ; respectez son malheur;

Par des mots caressants apprivoisez son cœur. Hélas ! ce cœur brûlant, fongueux dans ses caprices, S'il a fait ses tourments, il a fait vos délices. Soignez donc son bonheur, et charmez son ennui; Consolez-le du sort , des hommes et de lui.

Vains discours! rien ne peut adoucir sa blessure; Contre lui ses soupçons ont armé la nature.

L'étranger dont les yeux ne l'avaient vu jamais; Qui chérit ses écrits sans connaître ses traits;

Le vieillard qui s'éteint, l'enfant simple et timide, Qui ne sait pas encor ce que c'est qu'un perfide ; Son hôte, son parent, son ami, lui font peur : Tout son cœur s'épouvante au nôm de bienfaiteur. Est-il quelque mortel, à son heure suprême,

Qui n'expire appuyé sur le mortel qu'il aime,

Qui ne trouve des pleurs dans les yeux attendris D'un frère ou d'une sœur, d'une épouse ou d'un fils? L'infortuné qu'il est! à son heure dernière, Souffre à peine une main qui ferme sa paupière ; Pas un ancien ami qu'il cherche encor des yeux; Et le soleil lui seul a reçu ses adieux.

Malheureux ! le trépas est donc ton seul asile ?

Ah! dans latombe , au moins, repose enfin tranquille.

Ce beau lac, ces flots purs, ces fleurs , ces gazons frais’, Ces päles peupliers, tout t'invite à la paix.

Respire donc enfin de tes tristes chimères,

Vois accourir vers toi les époux et les mères, Regarde ces amants qui viennent chaque jour Verser sur ton cercueil les larmes de l'amour ; Vois ces groupes d'enfants se jouant sous l'ombrage, Qui de leur liberté viennent te rendre hommage, Et dis , en contemplant ce spectacle enchanteur :

° Je ne fus point heureux ; mais j'ai fait leur bonheur »

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