‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 830 sur 914 · UNE ABBAYE · texte numérisé non relu

UNE ABBAYE

Li loin , une abbaye antique, abandonnée, À ‘Tout à coup s'offre aux yeux, de bois environnée, À Quel silence! C'est là qu'amante du désert, “4 La Méditation avec plaisir se perd. :

Sous ces portiques saints, où des vierges austères Jadis, comme ces feux, ces lampes solitaires . î Dont les mornes clartés veillent dans le saint lieu, Pâles, veillaient, brâlaient se consumaient'pour Dieu. s Le saint recueillement, la paisible innocence, Ÿ Semble encor de ces lieux habiter le silence. ss

La mousse de ces murs, ce dôme , cette tour, Les arcs de ce long cloitre, impénétrable au jour ; Les degrés de l'autel usés par la prière, Ces noirs vitraux, ce sombre et profond sanctuaire, Où peut-être des cœurs, en secret malheureux, À l'inflexible autel se plaignaient de leurs nœuds, Et pour des souvenirs encor trop pleins de charmes, À klreligion dérobaient quelques larmes; = Tout parle, tout émeut dans ce séjour sacré : : Là, dans la solitude , en rêvant égaré,

: Quelquefois vous croiriez,au déclin d'un jour sombre, D'une Héloïse en pleurs entendre gémir l'ombre.

> Mettez donc à profit ces restes révérés, “ Augustes ou touchants, profanes ou sacrés.

O champs de l'Italie! à campagnes de Rome,

> Où dans tout son orgueil git le néant de l’homme ! = C'est là que des aspects, fameux par de grands noms, Pleins de grands souvenirs et de hautes leçons, Vous offrent ces objets, trésors des paysages. Voyez de toutes parts comment le cours des âges, Dispersant , déchirant de précieux lambeaux, Jetant temple sur temple et tombeaux sur tombeaux, De Rome étale au loin la ruine immortelle ;

Ces portiques, ces arcs, où la pierre fidèle

Garde du peuple-roi les exploits éclatants :

Leur masse indestructible a fatigué le temps :

Des fleuves suspendus ici mugissait l'onde;

Sous ces portes passaient les dépouilles du monde ; Partout confusément, dans la poussière épars,

Les thermes, les palais, les tombeaux des Césars, Tandis que de Virgile, et d'Ovide, et d'Horace, La douce illusion nous montre encor la trace. Heureux, cent fois heureux, l'artiste des jardins, Dont l'art peut s'emparer de ces restes divins! Déjà la main du temps sourdement le seconde ; Déjà sur les grandeurs de ces maîtres du monde La nature se plait à reprendre ses droits.

Aulieu mêmeoùPompée, heureux vainqueur desrois, Étalait tant de faste, ainsi qu'aux jours d'Évandre, La flûte des bergers revient se faire entendre. Voyez rire ces champs au laboureur rendus.

Sur cescomblestremblants,ces chevreaux suspendus, L'orgueilleux obélisque au loin couché sur l'herbe ; L'humble ronce embrassant la colonne superhe ; Ces forêts d'arbrisseaux, de plantes, de buissons, Montant, tombant en grappe, en touffes, en festons, Par le souffle des vents semés sur ces ruines ;

Le figuier, l'olivier , de leurs faibles racines Achèvent d'ébranler l'ouvrage des Romains;

Et la vigne flexible, et le lierre aux cent mains, Autour de ces débris rampant avec souplesse , Semblent vouloir cacher ou parer leur vieillesse.

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