‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 849 sur 914 · AR HE · texte numérisé non relu

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Une s’évanonit, comme un chant sur la lyre ; Une autre en expirant avait le doux sourire D'un jeune ange qui s’en revient.

Toutes fragiles fleurs, sitôt morles que nées! Alcyous engloutis avec leurs nids flottants!

Colombes , que le ciel au monde avait données !

Qui, de grâce, et d'enfance, et d'amour couronuées,

Comptaient leurs ans par les printemps!

Quoi ! mortes! quoi! déjà sous la pierre couchées! Quoi! tant d'êtres charmants sans regard et sans vois ! J'ant de flambeaux éteints ! tant de fleurs arrachées !.… Oh! laissez-moi fouler les feuilles desséchées ,

Et m'égarer au fond des bois !

Doux fantômes! c'estlà, quand je rêve dans l'ombre, Qu'ils viennent tour à tour m'entendre et me parler; Un jour douteux me montre et me cacheleurnombre; À travers les rameaux et le feuillage sombre,

Je vois leurs yeux étinceler.

Mon äme est une sœur pour ces ombres si belles !

La vie et le tombeau pour nous n'ont plus de loi.

Tantôt j'aide leurs pas, tantôt je prends leurs ailes.

Vision ineffable , où je suis mort comme elles, Elles, vivantes comme moi!

Elles prêtent leur forme à toutes mes pensées.

Je les vois! je les vois! Elles me disent : Viens!

Puis, autour d'un tombeau , dansent entrelacées ;

Puis s’en vont lentement, par degrés éclipsées ; Alors je songe et me souviens.

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Une surtout ! —un ange, une jeune Espagno'e — Blanches mains, sein gonflé de soupirs innocents, Un œil noir où luisaient des regards de créole, Et ce charme inconnu, cette fraîche auréole

Qui couronne un front de quinze ans!

Non, ce n'est paint d'amour qu'elle est morte : pour elle,

L'amour n'avait encor ni plaisirs ni combats ;

Rien ne faisait encor battre son cœur rebelle.

Quand tous enla voyant s'écriaient : Qu'elle est belle ! Nul ne le lui disait tout bas.

Elle aimait trop le bal, c'est ce qui l'a tuée.

Le bal éblouissant ! le bal délicieux !

Sa cendre encor frémit, doucement remuée,

Quand, dans la nuit sereine , une blanche nuée Danse autour du croissant des cieux.

Elle aimait trop le bal! — Quand venait une fête,

Elle y pensait trois jours, trois nuits elle en rêvait;

Et femmes, musiciens, danseurs q€ rien n'arrête,

Venaient dans son sommeil, troublant sa jeune tête, Rire et bruire à son chevet.

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Puis c'était des bijoux, des colliers, des merveilles;

Des ceintures de moire aux ondoyants reflets ;

Des tissns plus légers que des ailes d'abeilles;

Des festons , des rubans à remplir des corbeilles ; Des fleurs à payer un palais !

La fète commencée, avec ses sœurs rieuses Elle accourait, froissant l'éventail sous ses doigts ; Puis s’asseyait parmi les écharpes soyeuses , Et son cœur éclatait en fanfares joyeuses, Avec l'orchestre aux mille voix.

C'était plaisir de voir danser la jeune fille !

Sa basquine agitait ses paillettes d'azur,

Ses grands yeux noirs brillaient sousla noiremantille:

Telle une double étoile au front des nuits scintille Sous les plis d'un nuage obscur.

Tout en elle était danse; et rire et folle joie. Enfant! — Nous l'admirions dans nos tristes loisirs; Car ce n'est point au bal que le cœur sc déploie : La cendre y vole autour des tuniques de soie; L'ennyi sombre Mqutour des plaisirs.

Mais elle, par la valse ou la ronde emportée,

Volait, et revenait, et ne respirait pas,

Et s'enivrait des sons de la flûte vantée,

Des fleurs, des lustres d'or, de la fête enchantée, Du bruit des voix, du bruit des pas.

Mais , hélas ! il fallait, quand l'aube était venue,

Partir, attendre au seuil le manteau de satin.

C'est alors que souvent la danseuse ingénue

Sentit en frissonnant sur son épiule nue Glisser le souffle du matin.

Quels tristes lendemains laisse le bal folâtre!

Adieu parure, et danse, et rires enfantins !

Aux chansons succédait la toux opiniätre,

Au plaisir rose et frais la fièvre au teint bleuâtre, Aux yeux brillants, les yeux éteints !

Elle est morte! — à quinze ans, belle, heureuse, adorée!

Morte au sortir d'un bal qui nous mit tous en deuil ;

Morte, hélas! et des bras d'une mère égarée

La mort aux froides mains la prit toute parée, Pour l'endormir dans le cercueil!

Pour danser d'autres bals elle était encor prête, Tant la mort fut pressée à prendre un Corps si beau ! Et ces roses d’un jour qui couronnaient sa tête, Qui s'épanouissaient la veille en une fête,

Se fanèrent dans un tombeau.

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