‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 870 sur 914 · FRAGMENTS DES TEMPLIERS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS DES TEMPLIERS

.. HARGÉ d'exécuter les volontés du roi’,

L ( Je m'acquitte à regret de ce devoir pénible;

Le Croyez qu'à vos malheurs, hélas ! je suis sen- | & sible.

LE GRAND-MAITRE

SNS | : +

SWY\ Eh quoi! sur nos malheurs on daigne s'at- NY tendrir ?

Ÿ Osez les annoncer : nous saurons les souffrir.

Exécutez soudain les ordres qu'on vous donne,

Etcroyez que moncϾur vous plaintet vous pardonne.

Qu'exigez-vous enfin de tous ces chevaliers ?

MARIGNI

A part. Haut.

Je frémis de le dire. Ils sont mes prisonniers.

LE GRAND-MAITRE

Forts de notre courage et de notre innocence, Nous avons quelque droit de faire résistance. Peut-être savez-vous par quels nobles exploits Nous avons honoré l'étendard de la Croix :

Eh bien! entre vos mains chacun de nous se livre;

‘ C'eit Marigni qai parle.

Chacun de nous est prêt et consent à vous suivre. Ils ren:ient leurs épées.

Mais ne nous cachez rien, annoncez notre sort : Quel est-il ? la prison , l'exil, les fers, la mort ? Nous vous obéirons.

MARIGNI

O vertu que j’admire !

LE GRAND-MAITRE

N'admirez que le Ciel ; c'est lui qui nous l’inspire. MARIGNI.

Ah! combien je vous plains!

LE GRAND-MAITRE

| Plaignez ces courtisans Qui , de tous nos revers coupables artisans, Ont armé contre nous le courroux de leur maitre ; Ils seront malheureux : ils méritent de l'être. MARIGNI.

Croyez que vos amis détromperont le roi.

LE GRAND-MAITRE

Je ne l'espère pas. Et qui l’oserait ?

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Moi.

Aux volontés du roi je dois l'obéissance ; Mais j'ose devant lui secourir l'innocence.

” Soyez sûr que ma voix vous défendra toujours : Ah! puissé-je sauver votre gloire et vos jours! LE GRAND-MAITRE.

Mais à qui devons-nous tant de reconnaissance ? Qui daigne en cet instant prendre notre défense ?

Nommez...

MARIGNI

Je suis le fils du ministre du roi, Marigni.

LE GRAND-MAITRE, avec surprise, el ensuile avec retenue.

Marigni!... C’est vous-même !

MARIGNI

Mais quoi !

Vos yeux...

LE GRAND-MNAITRE.

De notre sort hâtez-vous de m'instruire.

MARIGNI

Aux prisons du palais je devais vous conduire.

LE GRAND-MAITRE

Vous direz donc au roi, qui nous charge de fers, Que, loin de résister, nous nous sommes offerts. On peut dans les prisons entraîner l'innocence , Mais l'homme généreux, armé de sa constance , Sous le poids de ses fers n’est jamais abattu : S'ils pèsent sur le crime, ils parent la vertu. Où sont nos fers, nos fers? MARIGNI, à part.

Quelle honte m'accable !

LE GRAND-MAITRE

Remplissez ce devoir. | MARIGNI.

Je serais trop coupable.

LE GRAND-MAITRE. | Vous désobéissez aux volontés du roi!

MARIGNI

Je cesse d'obéir ; c'est un devoir pour moi.

LE GRAND-MAITRE

.-Vous qui le connaissez, redoutez donc sa haine. MARIGNI.

Ah! c'est trop le servir : votre mort est certaine. LE GRAND-MAITRE.

Obéissez toujours. Non, nous n’espérons pas Désarmer l'injustice, échapper au trépas.

ER SSs 2h. 382

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