‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 881 sur 914 · FRAGMENTS DU PHILINTE DE MOLIÈRE · texte numérisé non relu

FRAGMENTS DU PHILINTE DE MOLIÈRE

Uri, Se Li

PENSEZ-vous? Peut-on, de bonne foi ', Mais je ne l'attends pas, à vous parler sans feinte, Charger un inconnu , mon cher, d'un tel emploi? Même en sortant ici de l’usage commun ; Et pour trouver un homme exact, plein de droiture, | Et c'est un coup du Ciel s’il peut m'en tomber un. Vraiment je risque fort d'aller à l'aventure.

PHILINTE. | Cependant.

PHILINTE

Mais… ALCESTE.

| DER | . Vos discours sont perdus , je vous jure. Comme si ous ceux que je pourrais choisir | Voulez-vous écouter ma fâcheuse aventure? Ne se prétendraient pas formés à mon désir,

Et que le plus fripon ne soit, par son adresse, PHILINTE, Réputé le héros de la délicatesse ? Voyons donc. PHILINTE. ALCESTE.

Quand l'hymen vous unit tous les deux,

J'allai m'ensevelir dans un désert :ffreux..

” Affreux , pour le méchant; pour la vertu, superbe! ALCESTE. L'homme avait, en ceslieux , pour trésor une gerbe ;

| Rien. Pour faste, la santé, le travail pour plaisirs, Je veux un honnète homme, il est bien vrai, Philinte : | Et]a paix de ses jours pour’uniques désirs.

Mais il faudrait encor, pour livrer votre bien, De votre préposé connaître d'abord.

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Grâce au Ciel, dans ce lieu sauvage et solitaire, 4 C'est Philinte qui parie. Parmi de bons vassaux je trouvais ma chimère : +

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Douce pitié, candeur, raison, franche gaieté, L'ignorance des maux et l'antique bonté.

Mais qu'elle dura peu, cette charmante vie !

En un jour, la discorde , et le luxe, et l'envie, Les désirs corrupteurs, et l'avide intérèt,

Et les besoins, parés de leur perfide attrait,

Avec un parvenu, turbulent personnage, Vinrent, en s'y logeant, troubler mon voisinage. Vous vous doutez fort bien, à cette invasion,

Des rapides progrès de la contagion.

Le bonheur déserta.… Je tais les brigandages

Qui vinrent assaillir nos paisibles ménages.

Je veux , dans le principe, effrayé de ces maux, Maintenir à la fois la paix et mes vassaux.

Mais enfin, à l'appui d'un renom de puissance, L'iniquité parut avec tant d'impudence,

Que j'oppose, en courroux, au front de l'oppresseur Le front terrible et fier d'un juste défenseur.

Le champ d'un villageois, son patrimoine unique, Convient au parvenu, qui de ce bien modique Veut agrandir un parc , je ne sais quel jardin, Qui fatigue la terre et mon village. Enfin

Il veut avoir ce champ : on ne veut pas le vendre; Et voilà cent détours inventés pour le prendre : Titres insidieux , procès, ruse, incidents, Créanciers suscités , persécuteurs ardents,

Bruit , menaces , terreur et domestique guerre : L'enfer est déchaîné pour un arpent de terre;

Et moi , lâche témoin de ce crime inoui,

Je l'aurais enduré! Je me suis réjoui

De braver les fripons et d'en avoir vengeance ;

Et, faisant tête à tous, plaidant à toute outrañce, J'ai soutenu le faible, et le faible, vainqueur,

A conservé son bien. Alors, la rage au cœur,

Les traîtres ont tourné contre moi leurs machines; Ils ont tant fait d'horreurs, tant fait jouer de mines, T'ant controuvé de faits, avec dextérité,

Que, je ne sais comment, je me vois décrété.

Il montre un portefeuille.

J'ai cent preuves ici de leur lâche conduite, Et cependant il faut que je prenne la fuite.

La loi donne aux méchants son approbation, Et l'exil est le prix d’une bonne action.

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