FRAGMENT DES DEUX GENDRES
DERVIÈRE.
Âx | monsieur, permettez que je vous félicite ; Je vois qu'on sait encore honorer le mérite : Vous voilà donc ministre !
DALAINVILLE.
Ab ! bon Dieu, quelle erreur!
Je suis loin de prétendre à cet excès d'honneur ; % D'en soutenir le poids je me sens incapable.
DERVYIÈRE.
On ne pouvait pas faire un choix plus honorable; Je ne vous flatte point : malgré nos différends, On m'a toujours vu rendre hommage à vos talents.
DALAINVILLE.
Quoi! je serais nommé?
DERVIÈRE.
Mais le fait est notoire; C’est un bruit général , et vous devez y croire.
DALAINVILLE.
Jusqu'ici cependant je ne l’ai point appris.
DERVIÈRE.
Vous seul assurément l’ignorez dans Paris.
Bientôt vous allez voir cette foule importune Qui s'attache toujours au char de la fortune. J'arrive le premier, mais guidé par mon cœur; Je ne demande ici ni place ni faveur :
Je viens pour vous parler de la classe indigente ; Daignez la protéger de votre main puissante ;
relief etle contraste des situations , le Philinle se rapproche du Misanthrope et du Tartufe. Il rappelle encore quelquefois ces deux che‘s-d'œuvre par la franchise du style ; mais en même temps ce style est d'une âpreté, d'une incorrection , d'une négligence qui ont justement allumé la bile de La Harpe, d'ailleurs extréèmement passionné dans sa critique. Les défauts et les qualités de Fabre, mis en parallèle de la poésie de Molière, qu'il a évidemment prise pour modele, sont une des meilleures lecons pour ceux que l'esprit d'innovation et un excès de licence entralueraient à oublier l'anathème de Boileau contre les écrivains qui ne respectent pas la langue et veulent violer son génie.
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Vous sentirez un jour que cet ohjet sacré Est digne des regards d’un ministre éclairé.
DALAINVILLE.
Si j'occupe en effet cette place éminente, ns Je servirai d’abord l'humanité souffrante : ss C’est de l’homme public le plus noble devoir.
DERVIÈRE.
Sans doute. Si jamais j'ai le moindre pouvoir. Que dis-je? le pouvoir ne saurait me séduire ;
Et j'ai mal exprimé ce que je voulais dire :
Satisfait de mon sort, je ne désire rien;
Je mets tout mon bonheur à faire un peu de bien.
DALAINVILLRE,.
Aujourd'hui cependant on parlait de finances, Et chacun a beaucoup vanté vos connaissances ; On a même pensé, pour le bien de l'état,
Qu'il faudrait vous charger de ce soin délicat ; Mais d’un mot vous sentez que je les ai fait taire.
DERVIÈRE.
Comment donc?
DALAINVILLE.
La réponse était facile à faire :
J'ai dit que vous seriez honoré d’un tel choix, Mais que vous refusiez toute espèce d'emplois. DERVIÈRE.
Vous avez eu grand tort.
DALAINVILLE Comment !
DERVIÈRE.
Je le répète.
J'aime à vivre ignoré, je chéris la retraite ; Mais lorsque le public veut bien me désigner, Je sais que mon devoir est de me résigner.
Tout home vertueux se doit à sa patrie, Et c'est avec plaisir que je me sacrilie.
DALAINVILLE. X Eh ! que ne parliez-vous? Fort bien ; je vous entends. DERVIÈRE, =
Vous avez contre moi donné prise aux méchants. Mon humeur, en effet, n'est que trop légitime;
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Bientôt de mon refus on va me faire un crime : Peut-être a-t-on déjà disposé de l'emploi:
Cela serait ficheux.
DALAINVILLE.
Reposez-vous sur moi; Vous obtiendrez la place.
DERVIÈRE.
El'e va m'être chère, Car je l’exercerai sous votre ministère.
Dans des cas importants, si je viens à douter, Permettez qu'aussitôt j'aille vous consulter :
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J'aurai souvent besoin de votre expérience.
DALAINVILLE,
Oui , vous serez toujours sûr de mon assistance. A part.
Je ne puis pas souffrir cet air bas et flatteur.
DERVIÈRE, à part.
Je ne saurais me faire à ce ton protecteur.
Hant.
L'intérêt général aujourd'hui nous rassemble : Nos deux noms quelque jour seront bénis ensemble ‘.
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CASIMIR DELAVIGNE