‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 890 sur 914 · ORIGINE DES DIEUX DU PAGANISME · texte numérisé non relu

ORIGINE DES DIEUX DU PAGANISME

Aie quel pouvoir ou quel grand phénomène A révélé les dieux à la faiblesse humaine ;

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Quel prestige éleva les monuments pieux, Transmit aux nations ces chants mystérieux, Cette pompe augurale, où la foule étonnée

Vient en des flots d’encens lire sa destinée ; Recherchons, dans la nuit du temps et de l'erreur, Comment l’homme adora l'objet de sa terreur,

Et pourquoi chaque jour, esclave tributaire,

De temples et d'autels il surchargea la terre. Déroulez-vous , parlez, fastes religieux!

L'homme, en ces premiers temps, timide etsoucieux, Aperçut, à travers les ombres du feuillage,

De fantômes errants la gigantesque image,

Et dans l'illusion qu’enfante le sommeil,

Les revit entourés d’un pompeux appareil;

À ses yeux éclatait leur beauté radieuse ;

Il entendit tonner leur voix impérieuse,

Et, surpris de leur port fier et majestueux,

En songe il prosterna son front respectueux.

Comme leurs nobles traits et leur nature altière Renaïissaient constamment sous leur forme première, I] pensa qu'investis d’un pouvoir éternel,

Sur la terre planaïent les habitants du ciel ;

Que, vainqueurs du trépas, libres de nos alarmes, D'un destin immortel ils savouraient les charmes. L'homme admirait surtout les prodiges divins, Enfantés sans efiorts par leurs terribles mains.

Il ne concevait pas le grand ordre du monde,

Le retour des saisons , leur puissance féconde,

Et le ciel parsemé d'orbes mystérieux,

Sous ses voiles d'azur semblaient cacher des dieux, Qui, rois de la’nature , arbitres du tonnerre,

A leur sceptre d’airain asser vissaient la terre.

Vers le centre enflammé des astres radieux,

Leur palais éternel fut placé dans les cieux :

C'est là que, précédé de torrents de lumière,

Le jour conduit son char et finit sa carrière.

Là , brillent, suspendus, les nocturnes flambeaux ; Là, de sombres frimas s'épanchent à grands flots; Des cieux tombent vers nous les brillants météores, Les vents tumultueux , les tempêtes sonores;

Et les foudres grondants de la divinité

Prociament son courroux au monde épouvanté.

Hommes infortunés ! quelle affreuse imposture Vous cacha si longtemps les lois de la nature, Peupla cet univers de spectres odieux,

En despotes cruels transforma tous les dieux, Et, remplissant vos cœurs d'éternelles alarmes, Ouvrit à vos enfants une source de larmes?

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