L'INDIEN ET LE TIGRE
FABLE
Ü, bramine était mort, et sa vie exemplaire, Durant près d'un siècle, dit-on, A vait édifié tous les gens du canton.
Le digne fils d’un si vertueux père, Sous des cyprès religieux, Non loin de sa cabane , en un coin solitaire,
Et les vœux de l'amour t'accompagnent sans cesse. Quand la tempète éclate et rugit dans les airs, Quand les vents font rouler, au milieu des éclairs, Le char retentissant qui porte le tonnerre,
Tu parais , tu souris et consoles la terre.
Hélas ! depuis longtemps tes rayons glorieux
Ne viennent plus frapper ma débile paupière!
Je ne te verrai plus, soit que, dans ta carrière, Tu verses sur la plaine un océan de feux,
Soit que, vers l'occident, le cortége des ombres Accompagne tes pas, ou que les vagues sombres T'enferment dans le sein d'une humide prison! Mais peut-être, Ô soleil! tu n'as qu'une saison : Peut-être , succombant sous le fardeau des âges, Un jour tu subiras notre commun destin ;
Tu seras insensible à la voix du matin,
Et tu t'endormiras au milieu des nuages.
BAÏILLY.
Venait d'ensevelir ses restes précieux ;
Prosterné sur sa tombe et les larmes aux yeux,
Il invoque longtemps la puissance céleste.
L'heure enfin l'avertit qu'il doit quitter ces lieux ;
Il les quitte à regret : son cœur du moins y reste. Conime il s'éloignait lentement,
Et jetant, malgré lui, ses regards en arrière,
Dieux ! quel spectacle! il voit un tigre sanguinaire,
{ Fragmeuts du poëme de l'Zmmortalité de l'üme.