‹ Leçons et modèles de littérature françaiseChapitre 100 sur 265 · PROCLAMATION · texte numérisé non relu

PROCLAMATION

Soldats, VOUS avez, en quinze jours, remporté six victoires, pris vingt drapeaux, cinquante pièces de canon, plusieurs places fortes, conquis la partie la plus riche du Piémont : vous avez fait quinze mille prisonniers, tué ou blessé plus de dix mille hommes.

Vous vous étiez jusqu'ici battus pour des rochers stériles illustrés par votre courage, mais inutiles à la patrie : vous égalez aujourd'hui par vos services l'armée conquérante dp Hollande et du Rhin ; dénués de tout, vous avez suppléé T

rout ; vous avez gagné des batailles sans canons, passe des rivières sans ponts, fait des marches forcées sans souliers, bivouaqué sans eau-de-vie et quelquefois sans pain. Les phalanges républicaines, les soldats de la liberté étaient seuls capables de souffrir ce que vous avez souffert. Grâces vous en soient rendues, soldats ! la patrie reconnaissante vous devra sa prospérité ; et si, vainqueurs"de Toulon, vous présageâtes l'immortelle campagne de l'an m, vos victoires actuelles en présagent une plus belle encore.

Les deux armées qui naguère vous attaquaient avec audace, fuient épouvantées devant vous. Les hommes pervers qui riaient des privations auxquelles vous étiez condamnés, et se réjouissaient, dans leur pensée, du triomphe de vos ennemis, sont confondus et tremblants.

Mais, soldats, il ne faut pas le dissimuler, vous n'avez rien fait, puisqu'il vous reste encore à faire : ni Turin ni Milan ne sont à vous ; les cendres des vainqueurs des Tarquins sont encore foulées par vos ennemis. ' Vous étiez dénués de tout au commencement de la campagne : vous êtes aujourd'hui abondamment pourvus ; les magasins pris à nos ennemis sont nombreux ; l'artillerie est arrivée ; la patrie a droit d'attendre de vous de grandes choses-: justifierez-vous son attente ? Les plus grands obstacles sont franchis, sans doute ; mais vous avez encore des combats à livrer, des villes à prendre, des rivières à passer. En est-il d'entre vous dont le courage s'amollisse ? en est-il qui préféreraient de retourner sur les sommets de l'Apennin et des Alpes, essuyer patiemment les injures d'une soldatesque esclave ? Non, il n'en est point parmi les vainqueurs de Montenotte, de Millesimo, de Diego et de Mondovi !

Tous brûlent de porter au loin la gloire du peuple français, tous veulent humilier ces rois orgueilleux qui osaient méditer de nous donner des fers, tous veulent dicter une paix glorieuse, qui indemnise la patrie des sacrifices immenses qu'elle a faits ; tous veulent, en rentrant dans leurs villages, pouvoir dire avec fierté : J'étais de Vannée conqué-'wnte de V Italie '

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