‹ Leçons et modèles de littérature françaiseChapitre 122 sur 265 · POLICHINELLE · texte numérisé non relu

POLICHINELLE

Voilà, voilà Polichinelle, le grand, le vrai, l'unique Polichinelle ! Il ne paraît pas encore, et vous le voyez déjà ; vous le reconnaissez à son rire fantastique, inextinguible comme celui des dieux. Il ne paraît pas encore ; mais il susurre, il siffle, il bourdonne, il babille, il crie, il parle de cette voix qui n'est pas une voix d'homme, et de cet accent qui n'est pas pris dans les organes de l'homme, et qui annonce quelque chose de supérieur à l'homme. Polichinelle, par exemple. Il s'élance en riant, il tombe, il se relève, il se promène, il gambade, il saute, il se débat, il gesticule et retombe démantibulé contre le châssis qui résonne de sa chute. Ce n'est rien, c'est tout Polichinelle ! Les sourds l'entendent et rient; les aveugles rient et le voient, et toutes les pensées de la multitude enivrée se confondent en un cri : C'est lui ! c'est lui ! c'est Polichinelle !

Alors — oh ! c'est un spectacle enchanteur que celui-ci— alors les petits enfants qui se tenaient immobiles d'un curieux effroi entre les bras de leurs bonnes, la vue fixée avec inquiétude sur le théâtre vide, s'émeuvent et s'agitent tout à coup, agrandissent encore le\irs beaux yeux ronds pour mieux voir ; s'approchent, se retirent, se rapprochent, se disputent la première place. Ils s'en disputeront bien d'autres quand ils seront grands. Le flot de l'avant-scène roule à sa surface des petits bonnets, des petits chapeaux, des petits schakos, des toques, des casquettes, des bourrelets, de jolis bras blancs qui se contrarient, de jolies mains blanches qui se repoussent:, et tout cela, vous savez pourquoi, pour saisir, pour avoir Polichinelle vivant. Je le comprends a merveille ; mais moi, pauvres enfants, moi qui ai grisonui 'à derrière vos pères, il y a quarante ans que je l'attends

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