M. THIERS ORATEUR
M. Thiers rencontre à chaque pas sur son chemin, fleurs rubis, perles, diamants. Il n'a qu'à se baisser, il les ramasse, il les assemble, et ils prennent à l'instant même, entre ses mains, la forme d'une guirlande, d'une agrafe, d'une bague, d'une ceinture, d'un diadème, tant cet esprit a de richesse, de fécondité et d'éclat !
Il médite sans effort, il produit sans épuisement. Il marche sans fatigue et c'est le voyageur d'idées le plus rapide que je connaisse. Les temps passent devant sa mémoire, dans leur ordre et selon leurs figures, et la nature que les autres cherchent vient à lui sans qu'il l'appelle, avec toutes les pompes de sa majesté et toutes les grâces de son sourire. Avez-vous vu sur les bateaux à vapeur qui sillon
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aent nos fleuves, cette glace suspendue où se mire le rivage ? elle reflète et voit fuir rapidement les beaux villages, les églises aux flèches légères, les prairies verdoyantes, les montagnes chevelues, les voiles frémissantes des navires, les blonds épis de guérets immobiles, les troupeaux de la vallée, les nuages du ciel, les animaux et les hommes. C'est là M. Thiers : espèce de miroir parlementaire, il reflète les passions des autres, et il est sans passions ; il pleure et il n'a pas de larmes dans les yeux ; il se perce d'un poignard qui no lui tire pas une goutte de sang. Pure comédie que tout cela, mais quelle comédie et quel comédien ! quel naturel ! quelle souplesse ! quelle verve d'imitation ! quelles inflexions de ton inattendues ! quelle transparence, quelle lumière dans ce style ! quelle grâce de négligé dans cette parole ! vous me trompez, comédien, et vous voulez me tromper. Vous jouez admirablement votre rôle, mais ce n'est qu'un rôle ; je sais tout cela et cependant je me laisse ravir à votre séduction ; je cède, tant que vous parlez, je suis sous le charme, et je préfère presque mieux entendre l'erreur dans votre bouche, que la vérité dans la bouche d'un autre.
( Orateurs parlementaires .)