‹ Leçons et modèles de littérature françaiseChapitre 127 sur 265 · MILTO.V COMPOSANT LE PARADIS PERDU · texte numérisé non relu

MILTO.V COMPOSANT LE PARADIS PERDU

Milton, libre et oublié, poursuivit avec ardeur la composition de son sublime ouvrage. Il avait alors cinquante-six ans; il était aveugle, et tourmenté de la goutte. Une vie étroite et pauvre de nombreux ennemis, le sentiment amer de ses illusions démenties, le poids humiliant de la disgrâce publique, la tristesse de l'âme et les souffrances du corps^ tout accablait Milton ; mais un génie sublime habitait en lui. Dans ses journées rarement interrompues, dans les longues veilles de ses nuits, il méditait des vers sur un sujer depuis si longlemps déposé dans son âme, et qu'avaipn!

mûri, pour ainsi dire, tous les événements et toutes les passions (le sa vie. Séparé de la terre par la perte du jour et Dar la haine des hommes, il n'appartenait plus qu'à ce monde mystérieux dont il racontait les merveilles. " Donne des yeux à mon âme," disait-il à sa muse. Il voyait en hii-même, dans le vaste champ de ses souvenirs et de ses pensées. Les fureurs du fanatisme, l'enthousiasme de la révolte, les tristes joies des partis vainqueurs, les haines profondes de la guerre civile, avaient de toutes parts assailli et exercé son génie. Les chaires des églises d'Angleterre, les salles de Westminster, toutes pleines de séditions et de bruyantes menaces, lui avaient fait entendre ce cri de guerre contre la puissance, qu'il aimait à répéter dans ses chants, et dont il armait l'enfer contre la monarchie du Ciel. La religion indépendante des Puritains, leurs extases mystiques, leur ardente piété sans foi positive, leurs interprétations arbitraires de l'Ecriture, avaient achevé d'ôter tout frein à son imagination, et lui donnaient quelque chose d'impétueux et d'illimité, comme les rêves du fanatisme.

A tant de sources d'originalité il faut joindre cette féconde imitation de la poésie antique, qui nourrissait la verve de Milton. Homère, après la Bible, avait toujours été sa première lecture ; il le savait presque par cœur, et l'étudiait sans cesse. Aveugle et solitaire, ses heures étaient partagées entre la composition poétique et le ressouvenir toujours entretenu des grandes beautés d'Isaïe, d'Homère, de Platon, d'Euripide. Il avait fait apprendre à ses filles à lire le grec et l'hébreu, et l'on sait que l'une d'elles, longtemps après, récitait de mémoire des vers d'Homère qu'elle avait ainsi retenus sans les comprendre. Chaque jour, Milton, en se levant, se faisait lire un chapitre de la Bible hébraïque ; puis il travaillait à son poëme, dont il dictait les vers à sa femme, ou quelquefois à un ami, à un étranger qui le visitait. La musique était une de ses distractions ; il touchait de l'orgue, et chantait avec goût. Au milieu de cette vie simple et occupée, le Paradis perdu, si longtemp médité, s'acheva promptement.

{^Histoire de Cromweîl.)

NAPOLEON

Des bords du Nil un homme avait reparu, déjà célèbre par de grands succès dans les combats, illustré par les revers d'une expédition lointaine et merveilleuse ; habile à tromper comme à vaincre, et jetant sur son retour fugitif tout l'éclat d'une heureuse témérité. Sa jeunesse et son audace semblaient lui donner de l'avenir. Ce luxe militaire de l'Orient, qu'il ramené»,», avec lui comme un trophée, ces drapeaux déchirés et vainqueurs, ces soldats qui avaient subjugué l'Italie et triomphé sur le Thabor et au pied des pyramides ; toute cette gloire de la France, qu'il appelait sa gloire, répandait autour de son nom un prestige trop dangereux chez un peuple si confiant et si brave. Il avait rencontré, il avait saisi le plus heureux prétexte pour le pouvoir absolu, de longs désordres à réparer. Son ardente activité embrassait tout pour tout envahir. Génie corrupteur, il avait cependant rétabli les autels ; funeste génie, élevé par la guerre et devant tomber par la guerre, il avait pénétré d'un coup d'œil l'importance du rôle de législateur ; il s'en était rapidement emparé dans l'intervalle de deux victoires ; et dès lors, au bruit des armes il allait exhausser son despotisme sur les bases de la société qu'il avait rafTermies. On n'apercevait encore que le retour de l'ordre et l'espérance de la paix. Les maux de l'ambition, l'onéreuse tyrannie d'une guerre éternelle, le mépris calculé du sang français, la suppression de tous les droits publics se développèrent plus lentement, comme de fatales conséquences qu'enfermait l'usurpation, mais qu'elle n'avait pas d'abord innoncées. [Cours d'éloquence A

♦SCRIBE (Augustin-Eugène) naquit à Paris le 25 décembre 1791. Des Le collège, ou il fit les études les plus brillantes, il rêvait la clianson ol le vaudeville. Aussi ne se reeouuutil aucune vocation pour le bar-

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reau, carrière à laquelle on le destinait. Ayant perdu, très jeiuie encore, son père et sa mère, maître d'un revenu patrimonial suffisant, il se lança dans la petite littérature dramatique et ne tarda point à s'y faire un nom. Depuis 1820, M. Scribe est considéré comme le plus fécond et le plus spirituel de nos vaudevillistes. Après avoir introduit en France la comédie mixte, le drame bourgeois et sentimental, il a voulu briller dans une sphère plus élevée et a donné un assez grand nombre d'ouvrages en 5 actes parmi lesquels nous distinguerons le Mariage d'argent, Bertrand et Raton, la Camaraderie, \e Verre d'eau etc. Son Théâtre, qui n'est pas sans défauts importants, nous paraît néanmoins destiné à survivre à notre époque, parce qu'il en est le résumé le plus exact et le plus complet.

M. Scribe a été reçu à, l'Académie, en 1836. Outre ses compositions dramatiques, on lui doit encore plusieurs volumes de charmantes Nouvelles.

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