‹ Leçons et modèles de littérature françaiseChapitre 130 sur 265 · LA GLOIRE ET LA RÉPUTATION · texte numérisé non relu

LA GLOIRE ET LA RÉPUTATION

Qu'est-ce que la gloire 1 Le jugement de l'humanité sur un de ses membres ; or l'humanité a toujours raison. En fait, citez-moi une gloire imméritée; de plus à ^n'on c'est impossible, car on n'a de gloire qu'à la condition d'avoir beaucoup fait, d'avoir laissé de grands résultats. Los grands résultats, messieurs, les grands résultats, tout le reste n'est rien. Distinguez bien la gloire de la réputation. Pour la réputation, qui en veut en a. Voulez-vous de hi réputation 1 priez tel ou tel de vos amis de vous en faire ; associez- vous à tel ou tel paiti ; donnez- vous à une coterie ; servez-la, elle vous louera. Enfin, il y a cent manières d'acquérir de la réputation : c'est une entreprise tout comme une autre ; elle ne suppose pas même une grande ambition. Ce qui distingue la réputation de la gloire, c'est que la réputation est le jugement de quelques uns, et que la gloire est le jugement du plus grand nombre, de la majorité dans l'espèce humaine. Or, pour plaire au petit nombre, il suffit de petites choses ; pour plaire aux masses, il en faut de

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grandes. Auprès des masses, les faits sont tout, le reste n'est rien. Les intentions, la bonne volonté, la moralité, les plus beaux desseins, qu'on n'aurait certainement pas manqué de conduire à bien, n'eût été ceci ou cela, tout ce qui ne se résout pas en fait est compté pour rien par l'humanité ; elle veut de grands résultats ; car il n'y a que les grands résultats qui viennent jusqu'à elle ; or, en fait de grands résultats, il n'y a pas de tricherie possible. Les mensonges des partis et des coteries, les illusions de l'amiùé n'y peuvent rien ; il n'y a pas même lieu à discussion. Les grands résultats ne se contestent pas : la gloire, qui en est l'expression, ne se conteste pas non plus. Fille de faits grands et évidents, elle est elle-même un fait manifeste aussi clair que le jour. La gloire est le jugement de l'humanité, et un jugement en dernier ressort ; on peut en appeler des coteries et des partis à l'humanité ; mais de l'humanité, à qui en appeler en ce monde ? Elle est infaillible Pas une gloire n'a été infirmée et ne peut l'être. De plus, sur quels faits l'humanité estime-t-elle et déceme-t-elle la gloire ? Sur les faits utiles, c'est-à-dire utiles à elle. Sa mesure est sa propre utilité ; et elle ne peut en avoir d'autre, à moins de s'abdiquer elle-même, et de cesser d'emprunter à sa nature les principes de ses jugements. La gloire est le cri de la sympathie et de la reconnaissance ; c'est la dette de l'humanité envers le génie ; c'est le prix des services qu'elle reconnaît en avoir reçus, et qu'elle lui paie avec ce qu'elle a de plus précieux, son estime.

Il faut donc aimer la gloire, parce que c'est aimer les grandes choses, les longs travaux, les services effectifs rendus à la patrie et à l'humanité en tout genre ; et il faut dédaigner la réputation, les succès d'un jour et les petits moyens qui y conduisent ; il faut songer à faire, à beaucoup faire, à bien faire, messieurs, et non à paraître ; car, règle infaillible, tout ce qui paraît sans -être, bientôt disparaît ; mais tout ce qui est, par la vertu de sa nature, paraît têt ou tard. La gloire est presque toujours contemporaine ; mais il n'y a jamais un grand intervalle entre le tombeau d'un grand homme et la gloire. [Cours de philosophie.)

{Voir, pour la Notice, la Partie poétique.)

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