‹ Leçons et modèles de littérature françaiseChapitre 131 sur 265 · DAMAS · texte numérisé non relu

DAMAS

Je marchais à la tête de la caravane, à quelques pas derrière les Arabes de Zebdani ; tout à coup ils s'arrêtent et poussent des cris de joie en me montrant une ouverture dans le rebord de la route ; je m'approche, et mon regard plonge, à travers l'échancrure de la roche, sur le plus magnifique et le plus étrange horizon qui ait jamais étonné un regard d'homme ; c'était Damas et son désert sans bornes, à quelques centaines de pieds sous mes pas. Le regard tombait d'abord sur la ville qui, entourée de ses remparts de marbre jaune et noir, flanquée de ses innombrables tours carrées, de distance en distance, couronnée de ses créneaux sculptés, dominée par sa forêt de minarets de toutes formes, sillonnée par les sept branches de son fleuve et ses ruisseaux sans nombre, s'étendait à perte de vue dans un labyrinthe .de jardins en fleurs, jetait ses bras immenses, çà et là dans la vaste plaine partout ombragée, partout pressée par la forêt de dix- lieues de tour de ses abricotiers, de ses sycomores, de ses arbres de toutes formes et de toute verdure, semblait se perdre de temps en temp.s sous la voûte de ces* arbres, puis reparaissait plus loin en larges lacs déniaisons, de faubourgs, de vilbiges ; labyrinthe de jardins, de vergers, de palais, de ruisseaux, où l'œil se perdait et ne quittait un enchantement que pour en retrouver un antre.

Nous ne marchions plus : tous, pressés à l'étroite ouvei ture du rocher percé comme une fenêtre, \h;us coiiteuipiioûs tantôt avec des exclamations, tantôt en silence, le «nagique spectacle qui se déroulait ainsi subitemeiit et tout entier sous nos yeux, au terme d'une roule, à travers tant de rochers et de solitudes arides, au commencement d'un autre désert qui n'a pour bornes que iJagdad et Bassora, et qu'il faut quarante jours pour traverser. Enfin nous nous remîmes en marche ; le parapet de ruchers- qui nous v:,r]\ ;i

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la plaine et 1 1 ville, s'abaissait insensiblement, et nous laissa bientôt jouir en plein de tout riiorizon ; nous n'éiions plus qu'à cinq cents pas des murs des faubourgs. Ces murs, entourés de charmants kiosques et de maisons de campagne des formes et des architectures les plus orientales, brillent comme une enceinte d'or autour de Damas ; les tours carrées qui les flanquent et en siirmontent la ligne sont incrustées d'arabesques percées d'ogives à colonnettes minces comme des roseaux accouplés ; et brodées de créneaux en turbans, les murailles sont revêtues de pierres ou de marbres jaunes et noirs, alternés avec une élégante symétrie ; les cimes des cyprès et des autres grands arbres qui s'élèvent des jardins et de l'intérieur de la ville, s'élancent au-dessus des murailles et des tours, et les couronnent d'une sombre verdure. Les innombrables coupoles des mosquées et des palais d'une ville de quatre cent mille âmes, répercutaient les rayons du soleil couchant, et les eaux bleues et brillantes des sept fleuves étincelaient et disparaissaient tour à tour à travers les rues et les jardins. L'horizon derrière la ville était sans bornes comme la mer, il se confondait avec les bords pourpres de ce ciel de feu qu'enflammait encore la réverbération des sables du grand désert ; sur la droite, les larges et hautes croupes de l'Anti-Liban fuyaient comme d'immenses vagues d'ombre, les unes derrière les autres, tantôt s'avançant comme des promontoires dans la plaine, tantôt s'ouvrant comme des golfes profonds où la plaine s'engouffrait avec ses forêts et ses grands villages, dont quelques-uns comptent jusqu'à trente mille habitants ; des branches de fleuve et deux gTands lacs éclataient là, dans l'obscurité de la teinte générale de verdure où Damas semble comme engloutie ; à notre gauche, la plame était plus évasée, et ce n'était qu'à une distance de douze à quinze lieues, qu'on retrouvait des cimes de montagnes, blanches de neige, qui brillaient dans le bleu du ciel, comme des nuages sur l'Océan. La ville est entièrement entourée d'une forêt de vergers d'arbres fruitiers, où les vignes s'enlacent comme à Naples, et courent en guirlandes parmi les figuiers, es abricotier.'^, les poiriers et les cerisiers ; au-Jt.'ssnus de 18*

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ces arbres, la terre grasse, fertile et toujours arrosée, est tapissée d'orge, de blé, de mais et de toutes les plantes légumineuses que ce sol produit ; de petites maisons blanches percent, çà et là, la verdure de ces forêts, et servent de demeure au jardinier, ou de lieu de récréation à la famille du propriétaire ; ces jardins sont peuplés de chevaux, de moutons, de chameaux, de tourterelles, de tout ce qui animo les scènes de la nature ; ils sont en général de la grandeur d'un ou deux arpents, et séparés les uns des autres par des murs de terre séchée au soleil, ou par de belles haies vives ; une multitude de chemins, ombragés et bordés d'un ruisseau d'eau courante, circulent parmi ces jardins, passent d'un faubourg à l'autre, ou mènent à quelque porte de la ville : ils forment un rayon de vingt à trente lieues de circonférence autour de Damas.

* l'arabe ET SON CHEVAL.

Un Arabe et sa tribu avaient attaqué dans le désert la caravane de Damas ; la victoire était complète, et les Arabes étaient déjà occupés à charger leur riche butin, quand les cavaliers du pacha d'Acre, qui venaient à la rencontre de cette caravane, fondirent à l'improviste sur les Arabes victorieux, en tuèrent un grand nombre, firent les autres prisonniers, et, les ayant attachés avec des cordes, les emmenèrent à Acre pour en faire présent au pacha. Abou-el- Marsch, c'est le nom de cet Arabe, avait reçu une balle dans le bras pendant le combat ; comme sa blessure n'était pas mortelle, les Turcs l'avaient attaché sur un chameau, et s'étant emparés du cheval, emmenaient le cheval et le cavalier. Le soir du jour où ils devaient entrer à Acre, ils campèrent avec leurs prisonniers dans les montagnes de Jaffa ; l'Arabe blessé avait les jambes liées ensemble par une courroie de cuir, et était étendu près delà tente où couchaient les Turcs. Pendant la nuit, tenu éveillé par In douleur de sa blessure, il entendit hennir son cheval parmi les autres chevaux entravés autour des tentes, selon l'usa-ie des orientaux ; il reconnut sa voix, et ne pouvant résister

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