‹ Leçons et modèles de littérature françaiseChapitre 142 sur 265 · ASSASSINAT DU DUC DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

ASSASSINAT DU DUC DE BOURGOGNE

Le 10 septembre, 1419, Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, et Charles, dauphin de France, oubliant leurs longs discorde, et se rendant à la voix du peuple fatigué, devaient enfin se jurer, à tout jamais, paix et alliance. Le milieu du pont de Montereau, sur l'Yonne et la Seine, fut choisi pour lieu de l'entrevue ; une loge en charjfente y fut élevée. Le Dauphin accompagné de son secrétaire, s'y rendit, sui^i de dix hommes d'armes de distinction, parmi lesquels son fidèle confident, Tanneguy Duchâtel. Jean, duc de Bourgogne, vint bientôt le joindre ; il avait à sa suite même nombre de guerriers choisis, et, à leur tête, messire Pierre de Gyac, son jeune favori. Les barrières du pont se fer nièrent alors aux extrémités ; Français, sur la rive droite de l'Yonne, Bourguignons, sur la gauche de la Seine, en gardaient les avenues.

* Si quelques personnes s'étonnaient de ne point trouver la Tour de Nesle au nombre des meilleures œuvres de M. Dumas, nous leur rappellerions qu'il n'en a guères composé que le 5e tableau, et que la gloire de ce drame remarquable doit revenir à son légitime auteur, M. Frédéric Gaiilardet, aujourd'hui rédacteur en chef du Courrier des Etnfs-Unis,

Arrivé devant son rival et maître, le Duc ôte son chaperon et met genou enterre ; mais lui, croisant fièrement les bras : Vous avez mal tenu votre parole envers nous, Monsieur le duc ; sujet lâche et déloyal, vous avez... Assez, dit le Duc, et, se relevant, il allait répondre ; mais Tanneguy se baissa ramassa derrière la tapisserie la hache qui, la veille, étaii pendue à sa ceinture, puis se redressant de toute sa hauteur : // est temps, dit-il, en levant son arme sur la tête du Duc.

Le Duc vit le coup qui le menaçait ; il voulut le parer de la main gauche, tandis qu'il portait la droite à la garde de son épée ; mais il n'eut pas même le temps de la tirer , la hache de Tanneguy tomba, abattant la main gauche du Duc, et du même coup lui fendant la fête depuis la pommette de la joue jusqu'au bas du menton.

Le Duc resta encore un instant debout, comme un chêne qui ne peut tomber ; alors Robert de Loire lui plongea son poignard dans la gorge, et l'y laissa.

Le Duc jeta un cri, étendit les bras, et alla tomber aux pieds de Gyac.

Il y eut alors une grande clameur et une affreuse mêlée car, dans cette tente, où deux hommes auraient eu à peine de la place pour se battre, vingt hommes se ruèrent les uns sur les autres. Un moment, on ne put plus distinguer audessus de toutes ces têtes que des mains, des haches, et des épées. Les Français criaient : Tue ! Tue ! A mort ! Les Bourguignons criaient : Trahison ! Trahison ! Alarme ! Les étincelles jaillissaient des armes qui se rencontraient, le sang s'élançait des blessures. Le Dauphin épouvanté s'était jeté le haut du corps en dehors de la barrière. A ses cris, le président Louvet arriva, le prit par dessous les épaules, le tira dehors, et l'entraîna presque évanoui vers la ville ; sa robe de velours bleu était toute ruisselante du sang du duc de Bourgogne, qui avait rejailli jusque sur lui.

Cependant le combat et les cris continuaient dans la tente ^ on marchait sur le Duc moiirant, que nul ne songeait à secourir. Mais les Dauphinois mieux armés avaient le dessus ; les Bourguignons, voyant que toute résistance était inutile, prirent la fuite. Les Dauphinois les poursui-

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