A. DUMAS
Virent, et trois personnes seulement restèrent sous la tente vide et ensanglantée.
C'était le duc de Bourgogne, étendu et mourant ; c'était Pierre de Gyac, debout, les bras croisés, et le regardant mourir ; c'était enfin Olivier Layet qui, touché des souffrances de ce malheureux prince, soulevait son haubergeon pour l'achever par dessous avec son épée. Mais de Gyac ne voulait pas voir abréger cette agonie dont chaque convulsion semblait lui appartenir ; et, lorsqu'il reconnut l'intention d'Olivier d'un violent coup de pied, il lui fit voler son épée des mains. Olivier étonné leva la tête. Eh ! sang dieu ! lui dit en riant de Gyac, laissez donc ce pauvre prince mourir tranqiiille.
Puis, lorsque le duc eut rendu le dernier soupir, il lui mit la main sur le cœur pour s'assurer qu'il était bien mort ; et, comme le reste l'inquiétait peu, il disparut sans que personne fît attention à lui.
Le curé de Montereau vint prier au milieu de ce sang, à côté de ce corps inanimé, jusqu'à minuit ; puis à cette heure, aidé de deux hommes, il le porta dans un moulin près du pont, le déposa sur ime table, et continua de prier près de lui jusqu'au matin ; et, à huit heures, sans cérémonie, sans bruit, le Duc fut mis en terre, en l'église Notre-Dame, devant l'autel Saint-Louis. {^Isabeau de Bavière.)