DOULEUR DE SABINE
Je suis Romaine, hélas ! puisqu'Horace est Romain J' în ai reçu le titre en recevant sa main ; Mais ce nœud me tiendrait en esclave enchaînée S'il m'empêchait de voir en quels lieux je suis née Albe, où j'ai commencé de respirer le jour, Albe, mon cher pays, et mon premier amour ; Lorsqu'entre nous et toi je vois la guerre ouverte, Je crains notre victoire autant que notre perte Rome, si tu te plains que c'est là te trahir, Fais-toi des ennemis que je puisse haïr, 9>
254 LEÇONS ET MODÈLES DE LITIÉRATUnE.
Quand je vois de tes murs leiir année et la nôtre, Mes trois frères dans l'une, et mon mari dans l'autre, Puis-je former des vœux, et sans impiété Importuner le ciel pour ta félicité ?
Je sais que ton État, encore en sa naissance, Ne saurait, sans la guerre, affermir sa puissance ; Je sais qu'il doit s'accroître, et que tes grands destins Ne le borneront pas chez les peuples latins ; Que les dieux t'ont promis l'empire de la terre, Et que tu n'en peux voir l'effet que par la guerre ; Bien loin de m'opposer à cette noble ardeur Qui suit l'arrêt des dieux et court à ta grandeur Je voudrais déjà voir tes troupes couronnées. D'un pas victorieux franchir les Pyrénées. Va jusqu'en l'Orient pousser tes bataillons. Va sur les bords du Rhin planter tes pavillons. Fais trembler sous tes pas les colonnes d'Hercule Mais respecte une ville à qui tu dois Romule. Ingrate, souviens-toi que du sang de ses rois. Tu tiens ton nom, tes murs, et tes premières lois Albe est ton origine ; arrête et considère Que tu portes le fer dans le sein de ta mère. Tourne ailleurs les efforts de tes bras triomphants . Sa joie éclatera dans l'heur de ses enfants. Et, se laissant ravir à l'amour maternelle. Ses vœux seront pour toi, si tu n'es plus contre elle.
(^Horace, act. \. se 1.)